Koroshiya to Strawberry, fade

Koroshiya to Strawberry (abrégé KoroSuto) est un jeu signé BROCCOLI sorti pas plus tard que ce mois d’août 2018 sur PS Vita, comme quoi les nouvelles vont vite. Très vite descendu par les critiques japonaises, j’étais curieuse de voir à quel point ce jeu pouvait être un déception (et j’avais précommandé la limited édition – malheur sur moi) 


Introduction

Koroshiya to Strawberry suit l’histoire d’Ichigo, une orpheline au passé si douloureux que la jeune fille en aurait perdu la capacité de parler.

Un beau jour, elle est endormie de force pour être emmenée dans un lieu bien singulier: le café Tsukikage. Sous ses apparences de café tout ce qu’il y a de plus banale, cet endroit n’est en fait qu’un repère à tueurs à gage et trafiquants divers et varier. Le Maître des lieux, un homme du nom de Tsukimi explique alors à la jeune fille qu’il aurait reçus pour mission de l’emmener ici et d’assurer sa protection, en échange de quoi Ichigo devrait travailler ici en tant que serveuse…

Le scénario semble a priori assez prometteur mais surtout extrêmement risqué, surtout venant de BROCCOLI qui, ont le sait, n’a pas du tout de bon scénario à suspense dans ses antécédents et c’est même la première fois qu’ils essayent quelque chose d’aussi « sombre » que Koroshiya to Strawberry. Voire même quelque chose tout court car même si BROCCOLI a contribué à faire UtaPri, ils sont largement plus dans la publication de jeux que dans le développement de ces derniers. Risques disions-nous, autant vous dire que beaucoup n’ont pas su être évités.

Ce jeu est une déception. Il n’a pas que des mauvais côtés certes, mais BROCCOLI avaient su placer mes attentes beaucoup plus haut que le résultat final durant toute la phase de communication pré-sortie. Je m’attendais à un VN beaucoup plus fourni avec de l’action et du suspense. C’est quand même pas commun de devoir rester dans un café de tueurs à gage, donnez moi du thrill ! Il y avait du potentiel, ça aurait pu être un jeu génial s’il avait tenu ses promesses de thriller à suspense. Quand on met en tête d’affiche qu’il faut « résoudre des mystères » on s’attend justement à ce qu’il y en ait, des mystères. Là non, tout semble si fade et le peu de questions qu’on se pose vraiment est banalisé par la légèreté du scénario.

Scénario

L’essentiel de l’action (si on peut l’appeler ainsi) se déroule dans le café Tsukikage, un endroit « dans l’envers de la société » là où se taire et surtout se tait tout le « sale », cad les histoires de crimes monnayés, de corruption des politiques et entreprises, des expériences scientifiques malsaines etc etc. Le jeu nous rabâche régulièrement la dualité de cet envers avec l’endroit, celui des gens normaux comme vous et moi… mais surtout celui d’Ichigo avant que sa vie ne tourne au drame. Les personnages que l’héroïne côtoie sont tous nés et vraisemblablement condamnés à mourir dans cet envers, et on tous conscience à différent degrés que leur propre normalité est déplacée. Pour certains, cette prise de conscience  vient de part les rapport qu’ils entretiendront avec l’héroïne, au psychisme brisé, qui aurait un effet « choque » dans certains esprits. C’est là un des rares intérêts que je trouve réellement au scénario: les rapports qui sont dépeints entre les personnages, tous brisés à leur façon mais qui tentent de se reconstruire ensemble. Je parle d’intérêt mais je n’irai pas plus loin que ça, tout simplement parce que même si cette facette attise un minimum de reconnaissance, on reste face à quelque chose de beaucoup trop superficiel et parfois mal narré pour appeler ça une réussite. Peu de choses sont réellement efficaces dans Koroshiya to Strawberry.

Graphisme

Je sais qu’il y a eu tout un drama concernant Hazuki Yone (l’artiste d’Hakuouki et d’autres..) qui ne fait pas les CG mais… honnêtement ça ne m’étonne pas. Cette dernière n’a jamais été notée en tant qu’artiste mais seulement en tant que Chara Designer, ce qui n’a rien à voir. De plus, ça faisait un moment qu’on avait des samplers des CG sur le site officiel donc pas de grandes surprises.

Malgré certaines CG que je trouve assez améliorables, on a quand même un jeu graphiquement très sympa avec des spirits très divers et expressifs (on a même des spirits de dos si c’est pour dire !) et des arrière-plans extrêmement esthétiques.

Appréciable, mais pas irréprochable. KoroSuto semble abonné aux techniques de flemmards consistant à réutiliser 40 fois la même CG, avec quelques minimes variations. Et bien sûr el famuso coup des spirits insérés dans une CG ce qui est certes astucieux, mais revoie quand même une forte impression de travail bâclé.

2018-09-08-000512
Je pense que c’est la CG la plus « problématique », ce qui est assez encourageant quelques part. Malheureusement la route d’Hasegawa est truffée de ce genre de CG.

Personnages

Ichigo, cette héroïne à reconstruire

Ichigo est le nom que l’héroïne donne à son arriver au café quand on lui demande de se présenter. Eh non, impossible de le changer, tout simplement parce qu’il s’agit d’un surnom, le jeune fille trouvant elle-même son véritable nom dérisoire étant donné que plus utilisé. Muette, elle communique avec un smartphone. De ce fait, elle n’a pas du tout la même façon que vous et moi d’entretenir des conversations et choisi ses mots non-spontanément. Au début du jeu, cette héroïne est décrite comme morte de l’intérieur, telle une poupée. Cet état s’explique par la vie qu’elle menait juste avant d’entrer au Tsukikage. Ichigo était un sujet d’expérience prisonnière des mains de ce qu’elle appelle « l’Institution », pendant toute la route commune elle accepte passivement tout ce qu’on lui dit/demande de faire par peur qu’il s’agisse là d’une nouvelle expérience de la dite Institution. Le traitement inhumain qu’elle a subit lui a retiré sa propre humanité et c’est paradoxalement en compagnie de criminels qu’elle va petit à petit la regagner.

Je mentirai si je disais que je n’ai pas un minimum apprécié cette héroïne et le mystère entourant son passé est bien la seule véritable question qui m’a poussé à finir le jeu. Ichigo est une anti-héroïne qui échappe au syndrome de la protagoniste emplie de gentillesse et de bonne volonté aux réactions typées shôjo Manga et pour cause: si Ichigo se sent concernée par les événements et son entourage, c’est malgré elle. Au début, elle refuse de trop réfléchir, car réfléchir c’est ressentir et ressentir c’est souffrir. Elle s’enferme dans un schéma de pensée (ou plutôt de non-pensée) hermétique par peur que tout ce qui peut lui arriver de bien depuis son arrivée ne soit qu’un mensonge. Rin n’importe pour elle, aussi bien les autres qu’elle-même et elle n’a aucune passion, aucune réelle volonté, il faudra donc attendre qu’elle évolue grâce au contact qu’elle entretient avec les personnes du Tsukikage. Son évolution est la plupart du temps très agréable et fait d’Ichigo un personnage attendrissant et attachant. Malheureusement la légèreté du jeu fait que même cette évolution n’est pas correctement développée, alors qu’il s’agit tout de même du principal enjeux de KoroSuto: réparer son héroïne brisée.

Il est extrêmement recommandé de faire les routes dans l’ordre suivant.

Tsukimi (CV:  Tamaru Atsushi)

Tsukimi est le Maître du Tsukikage, s’occupant au passage des pâtisseries du café. C’est un homme assez maladroit qui adopte quasiment instantanément un comportement de mère-poule vis à vis d’Ichigo, bienveillance qui est ma foi est développée et expliquée de façon relativement convaincante. Il prend sa mission de protéger Ichigo très sérieusement et essaye de tout faire pour soulager le psychisme de la jeune fille, faisant parfois quelques bourdes digne d’un jeune homme maladroit, contrastant avec son véritable métier: tueur à gage. Le jeu ne met malheureusement pas énormément l’accent sur cette facette de Tsukimi et pour cause, on est face à un personnage complexe, sans doute le plus détaché de ce qui est pour nous la « normalité », ce qui fait de son rapprochement avec Ichigo sans doute un des plus réaliste car il sont tous les deux aussi brisé l’un que l’autre par rapport à la normal.

Le personnage se veut touchant mais voilà, le défaut de ce personnage c’est qu’il a presque trop de potentiel, potentiel inexploité à cause de la légèreté et de la brièveté des routes. C’est finalement plus frustrant qu’autre chose.

Amon (CV:  Yashiro Taku)

Amon est un tueur à gage freelance fréquentant régulièrement le café Tsukikage. Il se prend presque instantanément d’empathie pour la pauvre Ichigo, chose qui ne sera malheureusement jamais expliquée autrement que par « il est comme ça, c’est son caractère ». Il est très sérieux dans son travail et sépare très strictement le boulot du privé, même si c’est pour venir à des décisions cruelles de notre point de vue. Malgré son métier, il a un tempérament extrêmement altruiste et sociale et interagit avec énormément de personnages tels que Matsuri (qu’il appelle Nee-san)  et Izuna avec qui il entretient une relation amicale assez vache très proche du « je t’aime moi-non plus », Amon est d’ailleurs sujet à une certaine dualité avec Izuna de fait de leurs schémas de pensée aux antipodes.

Là encore, c’est dommage. Ce personnage cache beaucoup plus que ce qu’il ne montre et même si son rapprochement avec Ichigo est assez bien fait du côté de l’héroïne, il reste en décalage entre ce qu’on nous dit et ce qu’on nous montre. Personnage attachant et touchant mais qui méritait plus.

Izuna (CV:  Ishikawa Kaito)

Barista du café Tsukikage, lui aussi en charge de la protection d’Ichigo avec Tsukimi. Tous les personnages le décrivent comme étant froid mais « distant » semble mieux convenir. Son comportement est pourtant très loin de celui du tsundere de base car Izuna est pour ainsi dire le juste milieux, cet homme est simplement professionnel et ne tient pas à s’impliquer émotionnellement dans la protection d’Ichigo, ce qui s’avère plus réaliste qu’autre chose quand on y réfléchit. Izuna est très probablement le tueur le plus « normal » de la clique car il a conscience de sa propre faiblesse et tente tant bien que mal de garder une distance entre lui et les autres, tout en faisant preuve de bienveillance avec Ichigo.

Le vrai reproche que je fais à sa route c’est, encore une fois, le développement de sa relation avec Ichigo qui passe de la simple bienveillance à une relation romantique sans vraiment franchir d’étapes, on ne sait pas trop quel fut le déclic chez Izuna ou même s’il y en a eu un. Pourtant j’ai énormément apprécié le personnage mais bon… Encore une frustration de plus à ajouter à la liste.

Hasegawa (CV: Maeno Tomoaki)

Hasegawa est le garde du corps du patron de River Og qui est, au passage, à la tête d’une mafia américaine. Ce personnage a pour particularité d’être très absent et silencieux dans la route commune (sans doute pour induire la joueuse de commencer par d’autres routes ??), c’est un jeune homme sérieux, polie et cachant une grande générosité et bienveillance (décidément…). Le rapprochement avec l’héroïne est assez logique de part la similarité de leurs passifs, malheureusement cette dualité n’est que peu mise en avant au profit de… je ne sais pas quoi. Cette route me laisse un gout étrange dans la bouche. Elle présente quelques plotwist qui réveillent et semble plus longue que les précédentes et pourtant j’ai comme une sensation de vide.

Finalement, on ne sait pas trop ce qui pousse Hasegawa vers Ichigo mis à part le fait… bah qu’il est gentil tout simplement.

Kurama (CV:  Nojima Kenji)

Docteur tenant son cabinet juste derrière le café, il semble aussi y vivre. C’est un médecin très compétent mais en dehors de cela, il s’avère être quelqu’un de plutôt maladroit. Introvertis, il communique peu avec les autres et envoie même des mails au café pour se faire apporter ses repas. Sa route est une déception même si elle n’est pas dénouée d’intérêt car elle permet d’en apprendre plus sur la conditions de l’héroïne. Kurama essayant de la « guérir », se montre trop maladroit car les plaies de la jeunes filles sont psychiques et non physiques.

Cette route permet aussi de développer un peu le personnage secondaire de Matsuri… qui du coup semble bénéficier d’un meilleur développement que Kurama même, surtout au niveau des rapports avec Ichigo qui… est aussi un échec dans cette route car reste beaucoup plus longtemps au stade de larve. Un conseil: n’oubliez pas la bad end qui révèle un des éléments clés de l’énigme entourant l’héroïne. Je soupçonne d’ailleurs les choix de cette route d’être volontairement ultra-difficiles pour nous orienter vers cette dernière.

Noin (CV:  Hanae Natsuki)

Noin est l’ultime route qui ne se débloque qu’une fois les autres achevées. Elle a aussi pour particularité de ne pas proposer une vraie Bad End, la seconde fin étant primordiale car permet de connaître le véritable nom de l’héroïne, il est recommandé de faire les 2. On a là LE véritable tsundere, presque hystérique à la langue bien pendue. Sa route est plutôt agréable car le tempérament de feu de Noin tend Ichigo à devenir plus entreprenante et vivace par rapport à ce qu’elle est. Malheureusement le côté « évolution » semble du coup moins marqué, même si on constate à la fin une certaine bravoure de la part de la jeune demoiselle. Noin a un caractère intéressant et montre plusieurs facettes quasiment simultanément, il oscille entre la personnalité d’un jeune garçon prétentieux et bagarreur pour souvent se calmer et faire preuve d’une gentillesse inespérée par l’héroïne. C’est aussi un des rares personnages à ne pas réellement prendre Ichigo en pitié et finit par lui trouver même une certaine force.

Si l’attachement d’Ichigo envers Noin semble évident tant Noin est une des rares personnes à faire réellement face à elle d’égal à égal, je vous avoue ne pas avoir trop compris comment Noin se prend d’affection pour Ichigo… Là encore, le développement manquait.

Conclusion

C’était pas faute d’avoir essayer et honnêtement, le plot de base permettait quelque chose de beaucoup plus sympa. Mais voilà, malgré d’excellents personnages et des romances sainement apaisantes KoroSuto s’est planté en beauté en proposant des routes copier-coller pour un développement générale tout simplement ridicule. Je n’ai pas envie de dire que j’ai entièrement regretté mon achat car j’ai tout de même passé quelques bons moments en jouant à ce VN, mais je reste extrêmement frustrée en voyant tout ce potentiel gâché. La route commune est totalement sacrifiée mais la qualité médiocre des routes personnages ne permet pas de justifier ce sacrifice. Ses personnages qui d’ailleurs, ont beau être tous bien construits et sortant des clichés qu’on a l’habitude de croiser, sont dotés d’un scénario qui ne leur fait absolument pas honneur et qui ne permet absolument pas de reconnaître leur vrai potentiel. A commencer par l’héroïne, son évolution en tant que personnage est censée être le pilier central de l’histoire mais la rapidité du scénario ne nous montre que le minimum syndicale. Les antagonistes… sont nommés plus ou moins brièvement selon les routes mais jamais montrés, la menace ne se ressent donc absolument pas. Les bads sont pour ainsi dire toutes inutiles à part celle de Kurama et Noin (qui ne sont pas vraiment des bad ends). Le côté « sombre » du scénario n’intervient réellement qu’à la toute fin et apparaît comme ça, pour dire coucou. Bref, y a avait de l’idée mais le concept n’a pas été assez aboutis. Tu m’as déçue BROCCOLI.

Un de mes meilleurs souvenirs reste et restera sans doute le personnage « secondaire » de Matsuri, sans avoir de route ça reste une personne attachante et ayant son importance.  C’est une tueuse fréquentant le café qui se sent réellement impliquée dans les affaires qui concernent notre héroïne. Ultimate waifu je dis, on est très loin de la rivale à la con ou de la meilleure amie pot de chambre. On aurait pu faire une route sur elle, sincèrement. Mais bon, c’est pas comme si c’était la seule chose que j’aurais espéré de ce jeu. On se demande aussi POURQUOI Matsuri est la seule a bénéficier d’autant de lumière par rapport à d’autre personnage secondaire comme Rakia ou pire, Yodoka qui n’intervient jamais (alors que merde il a toutes les raisons de se pointer celui-là).

Scénario

Note : 1 sur 5.

Système

Note : 3 sur 5.

Graphismes

Note : 3 sur 5.

Sons

Note : 3 sur 5.

Note personnelle

Note : 2 sur 5.

Contenu

Balance intrigue/romance:

plutôt romance

Violence:

Modérée

Contenu sexuel:

chaste

Voir le barème.

3 réflexions sur “Koroshiya to Strawberry, fade

Laisser un commentaire