C’est donc maintenant que j’inaugure les reviews de titres purement R18. J’avais besoin de faire une petite pause des Otome classique tout en restant dans une vibe similaire et quoi de mieux pour ça qu’un bon petit jeu indé de quelques heures! Je me suis donc penchée sur « Tsuki no Onna, Kawa no Tenshi, Kami mekutoki » (mekutoki) qui est disponible sur Steam (et dont une traduction anglaise est prévue!).
Je suppose que vous l’avez déjà compris mais ce jeu est à caractère pornographique et s’agresse donc à un public adulte.
Synopsis
Takanagi Hidari est une jeune femme vivant seule en se reposant sur les aides sociales et l’aide financière de sa famille éloignée suite au suicide de sa mère tourmentée par la folie de son père. Elle aspire à une vie d’artiste en tant qu’actrice et scénariste ; mais son tempérament inflexible sur sa conception de la scène complexifie les choses. Son quotidien consistait jusqu’à lors à parler à la voix dans sa tête. Pendant ce temps, une série de meurtres sanguinaires secoue les médias. Toutes les victimes seraient des femmes ou des personnes âgées vivant seules. On suspecte l’œuvre d’un serial killer du fait du mode opératoire extrêmement sanglant. C’est dans ce contexte qu’Hidari rencontre un jeune homme sur le chemin pour rentrer chez elle depuis le konbini. Le jeune homme à la beauté étourdissante pour elle se montre très courtois et amical, il se prend d’affection pour Hidari et celle sui lui ouvre aussi son cœur.
Mais ce qu’Hidari ne sait pas, c’est que cet homme est un meurtrier…
Personnages
Takanagi Hidari (CV: Imaya Minami)

Hidari est la protagoniste de l’histoire, c’est au travers d’elle qu’on vit les évènements. Son prénom n’est pas modifiable. C’est un personnage assez sombre et gris qui se caractérise tout d’abord par sa condition mentale : je ne saurais dire si elle est schizophrène ou bipolaire (peut-être les deux ?) mais le fait elle qu’elle entend fréquemment une voix dans sa tête la critiquer et lui dire que faire. Elle perd aussi souvent le contact avec la réalité, incapable d’affirmer si elle se trouve actuellement dans un rêve ou si elle est éveillée. Hidari est consciente de sa maladie, qu’elle aurait hérité de son père, et en parle même avec celui qu’elle va vite considérer comme un « ange »: « Migi ». Avant sa rencontre avec ce dernier, Hidari était tout ce qu’il y avait de plus reclus socialement, elle n’a aucun amis et pour se protéger, elle se plait à considérer les autres humains comme des cailloux. Malgré ses problèmes, Hidari n’est pas vraiment un personnage que je qualifierai d’attendrissant. J’ai développé beaucoup d’empathie pour elle, mais elle a ses parts d’ombres. Sa solitude peut parfois se traduire par un profond égocentriste, voire de l’arrogance. Tout en ayant peur d’aller vers l’autre, Hidari se voit souvent comme étant au-dessus et refuse que son talent de scénariste ou d’actrice soit remis en question ; ce qui l’enferme dans un cercle vicieux. Hidari est un personnage humain et complexe, avec ses propres contradictions. Côté design (car ça a son importance), elle porte du jiraikei, un style, bien que maintenant hyper populaire et presque devenu mainstream, est entouré d’un contexte très lié à la neurodivergence et le désir de se réapproprier certains stigmates. Hidari est aussi une femme au physique qui ne passe pas inaperçu : elle est dessinée avec une énorme poitrine et des hanches extrêmement développées, faisant d’elle quelqu’un très sujet à sexualisation de la part des hommes. Ce n’est pas un type de chara design que j’apprécie beaucoup à titre personnel, mais pour ce titre, il faut vraiment regarder plus loin.
Migi (CV: Munaitateppan Meat)

« Migi » est un beau jeune homme qu’Hidari rencontre alors qu’elle s’était perdue dans un parc suite à une crise de déréalisation(?). Voyant qu’il n’a pas affaire à une personne tout à fait normale, il décide de la raccompagner chez elle suite à quoi ils commencent tous deux à nouer des liens pour rapidement entrer dans une relation beaucoup plus intime et romantique. Migi ne dévoile pas son vrai nom à Hidari, il se fait appeler Migi'(« droite ») par rapport à elle, Hidari voulant dire « gauche ». Symboliquement, Migi devient très vite un point de repère pour la jeune femme. La nature de serial killer n’est pas révélé si tôt de manière explicite, tout simplement parce qu’Hidari n’en a pas conscience. Mais dès la première rencontre, le.a lecteur.trice est censé.e se rendre compte de la supercherie (surtout que c’est dans le synopsis et le key visual). Le jeu étant court et du point de vue d’Hidari, on a finalement très peu accès à la psyché profonde de Migi. Même les scènes dans lesquelles il semble s’être ouvert doivent être replacées dans le contexte et décoder pour tenter de comprendre les motivations du personnage. Pourtant, je dois dire qu’il m’a plutôt étonné tant ses intentions envers Hidari semblent finalement plus pures que tout ce que j’aurais pu imaginer (on se demande où est mon référentiel…)
Scénario
Je ne saurais pas dire avec exactitude si Mekutoki est un Otome Game à proprement parlé, il est officiellement présenté comme une « novel game » qui serait « otome muke », donc pas grand chose permet de dire qu’il n’en est pas un d’autant plus que ça reste de la romance fxm vu d’un point de vu féminin. Après est-ce vraiment important.
Le jeu n’a aucun choix, c’est une expérience de 2h à 3h avec une seule et unique conclusion qui, vous vous en douterez, n’est pas toute rose. L’histoire se focalise sur Hidari et comment son expérience avec Migi va changer sa perception du monde et d’elle-même, ou plutôt son état d’esprit. Mekutoki n’est pas un jeu « positif » dans lequel le héros va sortir la protagoniste de son pathos. C’est une histoire tragique présentant deux personnages brisés qui vont dépendre l’un de l’autre et finalement s’enfoncer dans leur isolement. Je ne pense pas qu’il y ait de vraies morales à en tirer, ce qui n’empêche pas le jeu de nous donner plusieurs pistes de réflexions. Sur notre propre rapport aux autres et certaines thématiques d’actualité telle que la banalisation du harcèlement en ligne etc. J’ai aussi cru entrevoir une critique de la gestion des patients souffrant de troubles mentaux.
L’écriture est poétique, et ça se traduit bien par la protagoniste qui est versé dans l’écriture. Ses réflexions sont pleines de métaphores, elle se compare à la Terre, parfois à un serpent qui mue. Le serpent ramène aussi à un imaginaire presque biblique, qui intervient plusieurs fois : Migi est perçu comme un « ange » par Hidari, Hidari est comparée à « Dieu », un dieu qui doit résister au « Diable » (personnage extérieur).
Comme on est dans un jeu avec une portée pornographique, il y a des scènes de sexe, qui sont… Je vous avoue que je ne les ai personnellement pas trouvées tellement érotiques, tant elles étaient plombé de discussions sérieuses, parfois même déroutantes. <Spoilers> QUI dit vocalement « je m’imaginais que tu avais eu des mauvaise expériences de type agressions etc » pendant l’acte?????? </fin du spoil>
Graphismes, réprésentations etc
Je vais surtout parler des scènes de sexe pour être honnête.
Hidari est représentée avec une énorme poitrine, cela fait partie intégrante de son personnage et la rend difficile de passer inaperçue aux yeux des hommes. La sexualisation du corps féminin est un sujet traité dans le jeu. Hidari a eu plusieurs mauvaises expériences, on assiste à des scènes de harcèlement de rue, et même de slutshaming (« ne va pas dehors la nuit dans cette tenue »), toutes perçues comme des expériences épuisantes, voire traumatisantes pour elle. Malgré les apparences, je juge pour ma part que ce serait être à côté de la plaque que de tout mettre sur le dos du malegaze pour ce titre tant les expériences d’Hidari sont criantes d’une réalité que vivent bon nombre de femmes.
Le jeu est autant du point de vue d’Hidari que focalisé sur elle, ramenant à son côté un peu égo-centrique. Ainsi les scènes de sexe sont concentrées sur ses expressions faciales et son plaisir. C’est quelque chose qui peut sembler déroutant pour le public occidentale car on a tendance à se représenter la pornographie pour le public féminin het comme d’être un miroir de celle pour le public masculin. Si ce dernier se focalise sur la nudité féminine alors « l’inverse » devrait se focaliser sur celle masculine, logiquement…? Hors ce n’est très souvent pas le cas dans le matériel R18 asiatique. Je n’irai pas plus en détail car on s’éloigne un peu du jeu mais je vous conseillerais la lecture de l’article de Julia Popek sur les manga Teen’s Love ; on est pas dans le domaine du jeu vidéo mais certaines choses concerne tous les média.
La majorité des CGs sont à caractère sexuel, le style est assez particulier mais on s’y fait vite et je trouve que ça colle plutôt bien avec l’ambiance générale: c’est expressif sans trop en faire et ce n’est pas lisse.
J’ai trouver le jeu de doublages complètement bluffant, sauf peut-être pour les gémissements pendants les scènes H mais ça c’est juste pas ma came. En revanche les pleurs et les cris sont extrêmement réalistes. Dans les jeux ou les animes on a tendance à entendre des pleurs joués de manière aseptisée et « esthétique »; ici on a des personnages qui pleurent vraiment.
Conclusion
J’ai acheté le jeu en m’attendant à quelque chose d’un peu trash, malsain et divertissant, mais l’histoire s’est révélée beaucoup plus profonde et poétique que ce que j’avais imaginé. Les scènes H ne rentraient pas vraiment de ma conception personnelle du sexy, mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier le titre dans sa globalité. Le seul vrai gros bémol que j’ai trouvé, c’est le fait qu’il freeze très, très souvent ; ayant empêché une progression fluide. (et c’est très gênant quand le jeu se bloque sur une scène de sexe ahahah)
Scénario
Système
Graphismes
Sons
Note personnelle