Club Suicide est un jeu doujin sorti tout d’abord en 2020 sur PC et Mac en japonais. Cet été, nous avons eu droit à la « complete edition » disponible sur Steam pour une dizaine d’euro. C’est cette édition que j’ai testée et je ne serai pas en mesure de faire une comparaison avec celle d’origine. Une traduction anglaise est prévue, mais aucune date n’a été annoncée. Le jeu est aussi disponible sur mobile.
Étant donné la thématique même du jeu, je me sens obligée de vous mettre en garde concernant le reste de cette review: si vous êtes une personne sensible et que la thématique du suicide vous touche au point de possiblement vous mettre en danger par sa seule évocation, n’avancez pas plus loin.
(Attention l’opening est assez graphique par rapport à certains moments choquant du jeu)
Synopsis
« Je pense au suicide. »
Alors qu’une brise printanière souffle sur la dernière semaine précédent la remise des diplômes, ces garçons veulent mettre fin à leurs jours. Désireuse de fuir les conflits incités par les relations avec les autres, vous vous étiez enfermée chez vous. C’est lorsque que vous revenez à l’école après une période d’isolement que vous tombez nez à nez avec une étrange affiche de recrutement : celle du « club suicide ». Ayant vous-même quelques idées suicidaires, vous décidez d’assister à la réunion du club ; en partie poussée par la curiosité. « Dans 7 jours, nous laisserons derrière nous tous nos regrets et mettrons fin à nos jours ». Confrontée à la volonté des autres membres, vous prenez peur et finissez par vous dire que non, vous ne voulez pas mourir. Vous vous sentez coupable et honteuse, incapable d’avouer aux autres que vous ne voulez plus vous suicider. C’est pourquoi afin d’alléger votre conscience vous décidez de les suivre dans ce qui sera peut-être leur toute dernière semaine…
Traduction libre du synopsis officiel
Concept
Ce jeu n’appartient pas à la scène Otome « mainstream », c’est un jeu doujin (indé) présenté comme un « Otome anti-romance » (J’expliquerai dans la partie scénario). Il a été principalement écrit, dirigé, dessiné par la même personne : Uesugi Eiji; qui a aussi composé et chanté elle-même une partie des bandes sons. Étant donné la nature du jeu, il ne dispose pas derrière lui du même budget ou des mêmes moyens qu’un jeu commercial, on reste cependant sur un très bon produit.
Le système est réduit au strict minimum, ce qui est aussi volontaire. En effet, contrairement à beaucoup de VNs classique, Club Suicide ne vous propose pas de réécouter les lignes de dialogues déjà passées via le backlog, il n’y a pas non plus de galerie vous permettant de voir les CGs débloquées. Tout ça n’est pas un oubli, mais bien une volonté d’empêcher le joueur de revivre les événements passés. Il est aussi impossible de mettre le jeu en format fenêtre : on est prisonniers.
Sons
Une de premières choses qui m’a frappé dans le jeu, c’est comment tous les sons semblent réels. Alors oui, on n’est pas toujours sur une méga qualité d’enregistrement ; mais tous les bruits de pas, les sons de machines etc. résonnent très vrais et contribuent à l’identité sonore du jeu. C’est parfois même déroutant. On a aussi quelques compositions musicales de la part de la dev’ qui collent parfaitement à certains moments. Les voix des personnages sont quant à elles très bien séléctionnées, certains jeux sont absolument bluffants. On est quand même sur un jeu dont le doublage n’est que partiel et il arrive que les personnages se mettent à parler de manière vraiment inattendue.
Graphismes
Le jeu a une pâte graphique très personnelle qui collent parfaitement à l’ambiance. J’avoue que ça me déroute toujours de voir l’héroïne minuscule à côté de certains personnages qui ont l’air de géants ; mais plus qu’une erreur dans les proportions, j’ai l’impression que c’était une manière d’amplifier la présence de certains personnages masculins qui sont littéralement comparés à des prédateurs.





Autre détail important à noter : les événements nous sont délivrés à la première personne la plupart du temps… Vraiment à la première personne ; on va souvent avoir une barre noire en haut de l’écran parce que Ringo a la tête baissée et l’écran suit son regard.
Ordre
Il n’y a pas d’ordre particulier à suivre, juste la route de Tsuzuri qui se fait à la fin.
Avertissements
Traduction du message d’avertissement en début de jeu:
Cette oeuvre comporte des scènes de violences eccessives pouvant heurter la sensibilité. Nous vous demandons de ne pas jouer si vous correspondez à une des descriptions suivantes:
1) Vous êtes mentalement dans une mauvaise passe.
2) Vous trouvez douloureux d’être en vie.
3) Vous êtes susesptible de vous montrer violent physiquement ou verbalement envers les autres ou vous-même.
4) Vous avez du mal à distinguer le bien du mal socialement.
5) Vous avez du mal à discerner vos valeurs de celles des autres.
Liste des différents numéros d’écoute pour les personnes concernéees.
Personnages
Shindou Ringo (nom et prénom modifiables)

Son nom par défaut n’est pas prononcé. Ringo est une protagoniste qui s’auto-définie comme étant « dans l’ombre »; elle est complètement blasée et a un côté assez cynique et limite misanthrope, bien qu’elle dit ne pas spécialement détester les gens. Après sa première interaction avec les membres du club suicide, elle va s’étonner elle-même de la compassion qu’elle est capable de ressentir. Bien qu’elle ne soit pas à l’aise avec les interactions sociales, elle peut s’avérer très assertive. C’est quelqu’un de réfléchir qui prend le temps d’analyser dans sa tête la situation avant d’agir. C’est une bonne protagoniste, très humaine bien qu’elle se présente comme étant en marge. Autre détail : c’est une otaku qui a passé ses journées à grind des gatchas.
Zaizen Eba (CV: Togai Sakato)

Eba est un élève de première année (1 an plus jeune que l’héroïne) souffrant d’anxiété sociale x10000. D’après ses dires, il voudrait mourir car il n’a aucun espoir en l’avenir, mais tient avant ça à témoigner sa gratitude à ses parents. Il a une très basse estime de lui et a tendances à se comparer aux autres pour s’autodéprécier. Sa route était très émotionnelle et le lien qu’il construit avec Ringo est super attendrissant : c’est deux anxieux sociaux dans la même pièce qui se parlent en bégayant ; je les ai trouvés adorables. Eba est un personnage un peu enfantin dont le complexe d’infériorité l’empêche de se projeter dans l’avenir. C’est aussi un artiste, un créateur qui a des moments franchement relatable si vous faites du dessin ou autre.
Kururugi Shiki (CV: Shigure Nao)

Étudiant en 3ème année qui a tout sauf l’air en retrait, il est difficile au début pour Ringo de concevoir que quelqu’un qui semble aussi jovial ait envie de se suicider, et pourtant… Shiki dit être fatigué de la vie, et la seule chose qu’il veut accomplir avant de mourir, c’est de se trouver une vraie petite amie. Shiki est un personnage qui m’a tout de suite plu, car il est très observateur envers l’héroïne : en effet, il remarque dès le début que celle-ci ne veut plus mourir. Bien que lui incombant le rôle de « vraie petite amie » pour la semaine, il reste extrêmement bienveillant. Sa route est probablement une des plus « romantique » au sens classique du terme. Le personnage de Shiki est fréquemment comparé à un renard, ce qui ramène aussi bien à la figure mythique japonaise qu’au personnage du petit prince.
Usui Masaya (CV: Asou Shuuya)

Aka petit ange tombé du ciel. Masaya est un jeune homme de troisième année foncièrement altruiste. Il souhaite mourir depuis qu’il a pris conscience qu’il ne pourrait « pas de venir un héro » et n’a pas spécialement de regret ou de but à accomplir avant de se suicider. Il veut juste aller au ciel et veiller sur les autres. C’est quelqu’un d’assez déconnecté du reste du monde et je ne pense pas m’avancer trop loin en disant qu’il est clairement neuro-atypique. Il aime le rose parce que c’est une couleur réconfortante, une couleur qu’il qualifie d’héroïque et du coup, il s’est coloré les cheveux comme ça. Ses fins sont cependant extrêmement traumatisantes et durs, pour contrecarrer avec tout le côté doux et candide du personnage. J’avais déjà mentionné les comparaisons entre les persos et des figures littéraires, Masaya est lui lié à la figure du Petit Prince.
Kugajima Mitsuki (CV: Kinoshita Alvin)

Géant de seconde année, il souhaite mourir pour « ne pas devenir un vieux shnock » (oui?) et cherche à se venger avant de mourir. C’est un personnage colérique, avec une certaine violence dans ses mots. Il ponctue ses phrases de « j’vais te buter! » ce qui ne manque pas d’effrayer Ringo au début, qui va souvent le comparer à un ogre. Mitsuki est bien entendu plus que ça. C’est un otaku qui écrit des fanfic self-insert avec son perso préféré (il est clairement amoureux de son best boy—) et va d’abord tisser des liens avec Ringo via leurs intérêts en commun. Son mépris pour « les vieux schnocks » vient d’une forme d’anti-conformisme et une certaine haine de la société telle qu’elle est régie par les adultes. Il vit un contexte familial particulier et on se rend vite compte que « sa vengeance » est assez abstraite.
Mabuchi Meiyou (CV: Oozono Yuno)

Vice-président du conseil des élèves, Meiyou souhaite mourir car il pense qu’ainsi il peut rendre heureuses les personnes qui lui sont chères, son seul « problème » est qu’il a encore un peu peur de la mort. C’est un personnage d’apparence calme et plutôt gentil, mais qui a en lui une très grande part de ténèbres. On remarque d’ailleurs dès le début que ses piercings aux oreilles contrastent déjà avec l’image du vice-président des élèves modèle. Meiyou est un fan de yuri et c’est par le yuri qu’il souhaite vaincre sa peur de la mort (je vous jure que ça a du sens. Pour lui.). Il demande l’aide de Ringo car étant une femme elle-même, elle est plus proche du « yuri » que lui. Le rapport de Meiyou au yuri est très complexe et est amplifié par une haine du masculin, qu’il applique notamment à lui-même. Sa route est assez dure à suivre car le personnage tourne beaucoup autours du pot et utilise beaucoup d’image et de métaphore. <Spoilers> Son identité de genre elle-même étant laissée dans le flou dans les fins où Ringo réussit à le convaincre de ne pas se donner la mort. </Fin du spoil>
Azayomi Tsuzuri (CV: Suzuran Yuuki)

Dernière route exclusive à la Complete Edition; sa route en est en réalité 2: une se concentrant sur le groupe dans sa globalité et une vraiment exclusive à Tsuzuri. Ce n’est pas un membre du club, il n’a fait qu’écouter à la porte. Il ne souhaite pas se mêler aux autres, car juge qu’ils ne souhaitent pas règlement mourir, contrairement à lui qui n’a pas d’autre option. Tsuzuri souhaite se suicider pour « pouvoir décider lui-même de sa fin »; mais paradoxalement, il se considère déjà mort. Il souhaite « vivre » grâce à Ringo, et ensuite mourir. C’est un personnage complexe, tragique, qui laisse derrière lui plus de questions que de réponses. On ne sait pas vraiment qui il est; tantôt comparé à un démon, tantôt comparé à un ange. Il cultive d’ailleurs lui-même un look « inhumain » (sa langue est fendue par exemple). Il chante aussi très bien, la plupart de ses chants étant lié au christianisme.
Scénario
« L’humain est compliqué. »
Club Suicide est un jeu qui vous fait vivre 7 jours en compagnie de quelqu’un qui souhaite mourir, chaque route possède 4 fins (5 pour Tsuzuri), et rares sont celles où le personnage passe le cap de cette semaine. 7 jours, c’est un peu court pour une « romance », cependant, c’est là amplement suffisant pour que les personnages développent des liens très forts. En parlant de ces liens, le jeu se présente comme « une anti-romance »; en effet, l’histoire va explorer plusieurs formes d’amour, la plupart restant strictement platonique et complètement détaché de toute attirance sexuelle. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a absolument aucune forme de romance au sens plus classique, « romantique » du terme. Juste que ce n’est pas le but, et que vous vous doutez bien que lorsqu’on s’apprête à faire ses adieux au monde, on n’a pas ce genre de disposition.
Le jeu n’est pas tant là pour convaincre les personnes suicidaires qu’elles ont tord de se sentir ainsi ou qu’elles font une bêtise, Ringo accompagne, mais ne juge pas, elle ne décide pas pour les autres. J’ai trouvé ce côté assez triste, mais aussi extrêmement juste et bienveillant. On a une réelle confrontation avec les envies suicidaires des personnages plus que de belles paroles bateaux qu’on a l’habitude d’entendre dans les fictions traitant ce sujet. Le jeu nous pousse à nous demander nous-même si c’est notre solution sans jugement et finalement, j’étais contente d’être en vie.
Attendez, je dois aussi parler de la forme ! Le jeu est fichtrement bien écrit. Chaque mot semble avoir été sélectionné avec la plus grande des précautions, on a même quelques jeux, notamment avec des kanji assez inhabituels qui amplifient les émotions retranscrites par les personnages. Le jeu est aussi une mine à références, aussi bien classique que contemporaine et otaku; en passant par plusieurs imaginaires dont le religieux.
Conclusion
Un des VNs les plus impactants auquel j’ai joué. Les routes ne sont pas si longues, mais je me suis vraiment sentie investie et concernée par le sort des personnages, je pense les garder dans mon esprit encore un moment, si ce n’est pour une durée indéterminée. Je suis toujours bluffée par la qualité de l’écriture. C’est une histoire très intime, poétique et humaine qui fait beaucoup réfléchir.
Scénario
Système
Graphismes
Sons
Note personnelle
En vue du concept particulier du jeu j’ai décidé de pas mentionner où étaient les focus pour cette review.