Tous les jeux de romance ne sont pas des Otome

Veuillez m’excusez pour le titre à rallonge, je suis vraiment pas douée pour ça.

Ce qui m’a motivée à écrire ce post, c’est la parution prochaine dans nos librairies de l’adaptation manga du jeu Obey Me!, qualifié d’Otome par les éditeurs (qui ne sont pas les seuls d’ailleurs !)

D’ailleurs je vois pas trop ce que c’est supposé vouloir dire « simulation d’Otome Game » –

On va passer sur le fait qu’ils l’aient comparé à « l’anime Diabolik Lovers » parce que ce n’est pas le sujet. Moi j’aimerais vous parler de la dénomination « Otome » pour le jeu qui, dans ce cas, est techniquement incorrecte (même si je conçois qu’il n’y a pas vraiment de quoi en perdre le sommeil.)

Mais du coup ça désigne quoi un jeu « Otome » ?

« Otome » 乙女 est, de manière littérale, un terme que j’aime bien traduire par « jeune fille en fleur » car à mon sens c’est l’expression FR qui retranscrit le mieux la symbolique japonaise. Dans la sphère du JV Japonais ça désigne un type de jeu bien particulier et par extension: les fans de ce type de jeux. Un jeu « Otome » c’est un jeu de romance à destination du public féminin ayant la dynamique suivante: une protagoniste féminine et des Love Interests masculins. Petite précision: certains Otome proposent aussi des routes avec des personnages féminins, mais le charactère romantique de ces routes se fait assez rare, bien qu’existant à titre d’exception. (D’expérience personnelle on a souvent une forme de représentation bisexuelle plus ou moins assumée mais la relation romantique entre les deux perso est rarement explicite, note à moi-même: parler de la représentation saphique dans les otome).

De ce fait, les jeux de romance à destination du public féminin avec des personnages masculins mais un(e) protagoniste dont le genre est libre d’interprétation ne sont pas des Otome à proprement parler. Ce qui place Obey Me! sous le terme parapluie de media josei muke ( terme désignant tous les medias visant le public féminin). Pour être complètement honnête, même si c’est incorrect de la part des éditeurs d’apposer l’étiquette Otome à ce jeu; je ne trouve pas ça complètement défrisant d’entendre des joueurs le qualifier ainsi. Pour peu que vous jouiez à Obey Me! en interprètent le genre du personnage principal comme étant féminin (ce qui est d’ailleurs le choix du manga), le jeu vous délivre en effet l’expérience d’un Otome.

Du coup, ne sont PAS des Otome Games:

  • Les jeux josei muke présentant une protagoniste féminine, des personnages masculins, mais pas de romance à développer: B-Project, IDOLSHI7, Ensemble Stars!!
  • Les jeux josei muke présentant de la romance à développer avec des personnages masculins, mais un protagoniste masculin (ce sont des BLs): Lamento, Hashihime
  • Les jeux josei muke présentant des personnages masculins, mais pas de protagoniste strictement féminine et pas de romance à développer: Twisted Wonderland
  • Les jeux josei muke présentant de la romance à développer avec des personnages masculin, mais pas de protagoniste strictement féminine: Obey Me!
  • Les jeux présentant une protagoniste féminine et de la romance à développer essentiellement avec des personnages féminins (Yuri Game ou GL game, même lorsqu’ils visent de le public féminin) Onna Doushi no Keiyaku Kekkon kara Hajimaru Koi
  • Otome étant un genre strictement joseimuke (= pour le public féminin), ne sont pas Otome les jeux qui ne vise pas spécialement le public féminin (comme les bishoujo games etc)

Note: pour faire valoir plus d’inclusivité dans les jeux de romance, des influenceurs ont mis en place le catégorie « Amare ». Si j’ai bien compris ce terme parapluie désigne les jeux de romance dans leur ensemble. Je vous invite donc fortement à le mettre en avant et à l’utiliser lorsque vous évoquerez un titre que ne correspond pas techniquement aux définitions Otome/GL/BL/Bishoujo. Je trouve l’initiative très bonne car elle répond à un besoin légitime d’inclusivité sans pour autant créer de confusion avec les termes déjà établis.

L’erreur est pourtant… compréhensible

Eh oui, car même les éditeurs collent parfois l’étiquette Otome sur des jeux qui ne le sont pas, que ce soit en occident ou au Japon (plus rare ceci dit). Quand bien même le public japonais est plus prompt à reconnaître tout de suite l’erreur et est de ce fait un peu plus difficile à duper; on ne peut pas dire qu’il en soit de même pour le public occidental et surtout Français.

Pour des raisons que j’ai déjà évoquées, je ne suis pas vraiment choquée lorsque quelqu’un qualifie Obey Me! d’Otome, mais je trouve celà un peu plus problématique lorsque ça sort de la bouche d’un éditeur officiel, qui fait donc en quelque sorte figure d’autorité. Tout simplement parce que ça contribue à une mauvaise interprétation de la définition du genre Otome. En soit, ça ne me dérange pas trop qu’on desserre les vis dans certains cas, mais encore faudrait-il le faire quand on maîtrise la définition de base. Et ça, le public FR a encore du mal. Beaucoup de gens pensent encore que les jeux Otome désigne n’importe quel jeu de romance. Dans ce contexte, le public non-initié n’est pas vraiment prêt de comprendre le genre si même les éditeurs lui lancent des informations incorrectes.

Je vais mentionner particulièrement le public FR car c’est celui dont je fais partie et celui à qui je m’adresse ici, mais certaines réflexions valent pour le public occidental en général: nous sommes très mal informés sur les medias josei muke, dont les Otome Games. Et ça va pas vraiment en s’arrangeant. Je ne suis vraiment pas étonnée de constater à quel point le public FR est perdu lorsqu’on parle de josei muke (d’ailleurs peu de gens connaissent ce mot, c’est pour dire).

Pendant de longues années toutes les œuvres un peu trop girly, que ce soit en manga, en livres ou en jeux-vidéos; ont été méprisés et relégués au stade « péchés mignons » (expression qui semble parfois exclusive à tout ce qui est considéré comme féminin, bizarrement). Bref, des trucs un peu bêtes, qui sont perçus comme inférieurs. Quant aux œuvres plus « sérieuses », celles-là sont souvent recatégorisées pour un public plus « global » (donc masculin, car c’est la norme dans la société), principalement parce qu’on a du mal à associer « pertinent » et « pour le public féminin ». Un shoujo qui aborde des thèmes sérieux et qui plait à un large public, c’est qu’il « n’était pas tellement pensé pour les filles » dans l’imaginaire collectif. C’est ainsi que beaucoup de shoujo sont édités chez nous en tant que shounen, et qu’encore aujourd’hui certains éditeurs ne se privent pas de quelques débordement sur les réseaux témoignant de leur mépris pour le shoujosei.

Côté jeux vidéos, on a toujours le fameux Aksys qui pendant des années a tout fait pour éviter d’assumer le côté « romance au féminin » de ses titres Otome. On se souviendra toujours de leur fameuse présentation du genre comme « des jeux d’aventure avec peut-être un peu de romance« .

D’ailleurs ça me permet d’enchaîner sur ce rapport avec la romance: un thème dont la stigmatisation va de paire avec la misogynie. On fait encore énormément l’amalgame romance = pour le public féminin. Ce qui semble ridicule quand on aborde le sujet des média japonais, que ce soit JV ou manga, animes… On constate très vite que les romances les plus mises en avant sont celles écrites pour le public masculin. Le public FR a parfois même du mal à faire la distinction entre les romances shojosei et celles publiées dans les magazines shounen/seinen, les mettant souvent dans le même panier « romance = pour filles = shoujo »; alors qu’en général énormément de codes diffèrent entre une romance josei muke (à destination du pb féminin) et une dansei muke (à destination du pb masculin).

Revenons aux otome games

Il y a quelques années j’étais vraiment pleine d’espoir en constatant l’arriver des jeux Otome sur Switch: une console vraiment plus accessible que la PS Vita pour le coup. Il faut aussi dire que le nombre de jeux localisés à l’année s’est multiplié, à tel point qu’on a du mal à imaginer que les développeurs soient en train de galérer tellement peu de nouveaux titres sortent au Japon comparé à avant. Malheureusement, le genre restant quand même de niche, il se fait presque maintenant obscurcir par le phénomènes de isekai « otome » (qui ne sont pas vraiment inspiré du genre Otome mais ça nécessiterait un article complet).. Maintenant quand vous tapez « Otome Game », le moteur ne sait pas trop si vous parlez du genre de jeux vidéos ou du manga HameFura… Car on a eu la bonne idée d’utiliser le terme « Otome Game » comme titre chez nous, ce qui nous arrange pas toujours question algorithme de recherche.

Concrètement je n’ai rien contre ce type de manga/LNs: j’en consomme et en apprécie certains. C’est un genre d’isekai assez intéressant, bien que ça se voit un peu trop que les auteurs y connaissent pas grand chose en Otome. En revanche, j’ai l’impression que chez nous, à cause du manque de références sur le sujet, on interprète beaucoup trop ces mangas/LNs comme « une parodie des Otome en plus pertinent ». Ceci peut potentiellement conformer la vision du genre qu’a le public en fonction de ce qu’il en perçoit de ces manga/LNs. Dans les faits, seule une petite partie d’Otome ont un setting médiéval fantastique, vraiment très peu de titres ont un personnages antagoniste féminins, et quand c’est le cas elle est rarement voire jamais assez importante pour être destinée à mourir (ce trope de la vilaine qui se fait exécuter étant plus inspiré de Marie-Antoinette, non vous ne rêvez pas.).

Mais si l’existence de ces titres pouvaient malgré tout servir de porte d’entrée et éveiller la curiosité du public par rapport au genre Otome, franchement pourquoi pas. Ce serait plutôt une bonne nouvelle pour l’industrie.

En bref, le public a des références « otome » assez éloignées de ce que représente le genre. Est-ce grave ? Pour moi; s’il y a un problème, il réside plutôt dans la désinformation et le manque de sources francophones traitant de ce genre de sujet. C’est pour ça qu’on va continuer d’écrire eheh.

Une réflexion sur “Tous les jeux de romance ne sont pas des Otome

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