Sachez que cet article n’a pas spécialement pour but de vous faire prendre parti, que ce soit d’un côté ou de l’autre.
Mise en contexte: qu’est-ce que UtaPri ? (très brièvement)
Uta no Prince-sama est une licence Otome avec des éléments musicaux type Idol. On a eu des Otome console (non localisés), un anime (très bonne saison 1), des films, des tas de CDs et même un jeu de rythme (dont le serveur anglais a fermé). Au fil des années la licence s’est détourné de ses racines Otome pour prendre un tournant purement Idol, changement qui s’est notamment marqué par l’effacement progressif de la protagoniste du jeu: Nanami Haruka, un personnage pourtant très apprécié de la fandom (le hashtag « Je veux voir le sourire de Nanami Haruka » en japonais sur Twitter en témoigne.)
Ce premier Avril, entre plusieurs farces plus ou moins bien trouvées; Broccoli a publié une nouvelle annonces teasant un projet « Uta no Princess-sama: Back to the IDOL » (abrégé BackPri) avec 2 vidéos trailers dont une d’entre elle:
Pour donner un peu plus de contexte, il est assez commun de teaser des « faux projets » pour le premier avril afin d’invoquer la confusion chez les fandoms. ceci dit, on sait que Broccoli a tendance à profiter de l’occasion pour teaser de vrai projet (ce que je trouve pas du meilleur goût à titre personnel mais passons).
Les réactions étaient diverses, certains ont trouvé que la farce était bien réalisé, les filles sont mignonnes etc…; d’autres fans japonaises ont tout de suite trouvé ça assez, voire même très maladroit de proposer un contenu d’Idol féminin sur la base d’UtaPri en utilisant le terme « Princess ». Ce terme étant déjà utilisé pour designer les fans d’UtaPri ainsi que le personnage d’Haruka. Très vite, les fans remarquent que les vidéos sont d’un peu trop bonne qualité pour un simple poisson d’Avril, ce qui ne fait que créer plus de confusion.
Les fans réagissent, certaines plus agressives que d’autres. Car il faut l’avouer, cela fait un moment déjà que les fans d’UtaPri ne se sentent plus écoutées de la licence. Si l’effacement du côté Otome avec l’aspect romance étant déjà une cause d’agacement pour une partie des fans, UtaPri échoue aussi assez souvent dans ses stratégies et semble avoir du mal à comprendre sa fandom depuis un moment déjà. Des évènements mal organisés, un projet de jeu teasé il y a plus de 5 ans mais dont on a aucune nouvelle (Dolce Vita), des nouveaux personnages présents depuis des années qui n’ont toujours pas énormément de contenu dédiés (HEAVENS)… Pourtant Broccoli est une des compagnies de la sphère Otome à faire le plus de chiffres.
Dans cette ambiance, le « vol » de l’appellation « Princess » sonne comme une trahison pour beaucoup. D’autant plus qu’au Japon, il est très mal vu de mélanger les audiences en reprenant le titre d’une licence pour le proposer à un autre public (qui ici n’est plus féminin). C’est quelque chose qui reste assez courant dans le sens inverse (licence d’Idols féminines pour le pb masculin dont on créé un projet jumeau pour le pb féminin): Argonavis, Enssemble Stars etc.. Même si cela se fait rarement sans drama derrière. Pour le cas de BackPri, on peut aussi se questionner de la pertinence d’utiliser une licence joseimuke (sphère avec peu de choix) pour faire un dérivé plus casu voire carrément danseimuke (pour le pb masculin, un marché déjà saturé). Bien qu’à titre personnel je n’ai rien contre le contenu d’Idol feminine et j’avoue être plutôt intéressée par le concept et les design de BackPri; je trouve ça d’assez mauvais goût de réutiliser le titre, surtout pour un projet qui n’a visiblement aucun rapport. On comprend aussi que la fandom japonaise d’UtaPri préfère éviter toute confusion avec le terme « Princess ».
Tout ça a suscité pas mal de réactions, certaines respectueuses et d’autres beaucoup plus violentes, notamment envers le compositeur Agematsu qui s’est par la suite exprimé dans une suite de Tweet que je vais vous traduire simplement (en gras ce que je juge le plus important):
“J’aimerais adresser un message aux fans d’UtaPri quand le 1er Avril sera terminé.”
“J’écris ces mots en tant qu’Agematsu en non en tant que staff officiel d’UtaPri.”
“Il s’agit d’un communiqué très important sur mon avenir dans la licence. “
“Maintenant que le jour des poissons d’Avril est terminé je vais pouvoir vous parler du rapport que je vais avoir avec UtaPri désormais, comme je l’avais annoncé dans mes tweets précédents.”
“Ceci n’est pas un communiqué officiel de la licence UtaPri, mais un message personnel de ma part.”
“D’ailleurs, je ne vais pas que parler d’UtaPri mais aborder de cette façon l’ensemble de mon travail.”
“Aussi, j’invite les personnes qui prennent mes tweets comme des communiqués de la license UtaPri, ainsi que les personnes qui ne souhaitent pas lire ce que j’ai à dire; à bloquer mon compte Twitter sur le champs.”
“Pour commencer, ce qui m’a poussé à la réflexion fu les nombreuses réactions que j’ai lu suite à l’annonce de mon nouveau projet “Uta no ☆ Princess-sama♪ Back to the IDOL”, à l’occasion de la sorti de l’annonce le 1er Avril.”
“Jusqu’à lors, en travaillant pour UtaPri, même si certains de mes plans par crainte je ne devais jamais faire cela. C’est ce que je clamais.
Les cris d’encouragements des fans sont ce qui me donnait la force de continuer à persévérer.”
“Mais, cette fois j’ai le cœur brisé.”
“Et j’ai cherché la raison pendant toute la journée.”
“Je préviens pour éviter tout malentendu: certes les réactions des fans m’ont fait réfléchir mais ce n’est pas la cause. Il ‘s’agit d’un problème personnel.”
“Pour rentrer directement dans le vif du sujet:
je pense prendre une pause dans mon travail pour UtaPri.”
“Ces dernières années je me disais souvent “Je ferai du UtaPri pour toute la vie!” ou que “moins de paroles et plus de créations!”. C’est avec ce genre de pensées que je fonçais dans mon travail.”
“Mais il y a des musiques sur lesquelles j’ai travaillées en dehors d’Element Garden dont la sortie est prévu dans les 2 ou 3 prochaines années à venir. Ce sont vraiment de bonnes musiques sincères et je pense rester dessus pendant un moment.”
“Mais actuellement je ne pense pas pouvoir produire de musiques sincères.
Je reste un professionnel et je peux toujours créer; mais je ne pense pas être maintenant capable de produire la moindre musique UtaPri s’alignant sur les sentiments d’Haru-chan.”
“Je vais vous en expliquer les causes.
Oui, “Pincess” est un terme très important dans l’univers d’UtaPri. C’est le terme qui désigne les fans ainsi qu’Haru-chan. C’est un mot auquel j’ai pensé, j’y accorde beaucoup d’importance.”
“Cependant j’avais pensé à “Uta no ☆ Princess-sama♪” parallèlement à UtaPri dès 2008. Et j’ai voulu pendant des années et des années en faire l’annonce.”
“Je me suis donc heurté à un mur, coincé entre cette annonce que je n’ai pas fait dès le départ et les fans qui ne pouvaient pas tolérer être dérobées de ce mot.”
“J’ai privilégié mes sentiments personnels en faisant cette annonce, ce qui a blessé les fans d’UtaPri.”
“Je me suis demandé si je ne pouvais pas tout simplement changer le titre.
Mais à l’époque où tout le monde me disais que je ne pouvais pas créer du contenu Idol…
Prince-sama et Princess-sama: l’un ne peut exister sans l’autre. je cherchais les deux comme mes enfants, c’était donc impossible pour moi de changer le titre.”
“Je travaille avec pour adage “Il ne s’agit pas de créer mais de continuer de créer.” Ma devise est de produire toujours du nouveau contenue, de continuer de créer et partager jusqu’à ma mort.”
“C’est pourquoi une fois remis de cette histoire avec UtaPri; j’aimerais de nouveau vous exposer mon point de vue; ainsi qu’aborder d’autres contenus.”
“La direction choisie pour “Uta no ☆ Princess-sama♪ Back to the IDOL” est “Idol x Voyage temporel” “un monde parallèle qui inclut les voyages temporels””
“Le projet se déroule dans un univers sans connection avec “Uta no ☆ Prince-sama♪”; il n’y aura donc pas d’école Saotome ou tout autre élément propre au projet UtaPri.”
“Ne pouvant pas encore prendre du recul sur mes propres contradictions et dans l’incapacité de m’investir entièrement, je dois prendre une pause temporaire dans UtaPri.”
“Je m’en excuse sincèrement.
Je m’excuse aussi d’avoir amener un resultat ayant blessé UtaPri, que je chéris de tout mon coeur.
Je m’appliquerai à aller mieux et à être en mesure de revenir au niveau d’Haru-chan.”
Aujourd’hui, Broccoli a publié un messages qui ne fait que répéter le concept de BackPri et confirmer qu’il ne s’agit pas du même univers qu’UtaPri.
Pour beaucoup de personnes, les Tweets d’Agematsu n’ont fait que remettre de l’huile sur le feu, démontrant une dissonance entre lui et la fandom. En effet, entre 2008 et maintenant il s’est écoulé 15 ans. 15 ans durant lesquels la fandom s’est construite avec des repères et des termes bien précis. Modifier l’appellation « Princess » maintenant, c’est un peu impossible. Même si la question de l’appellation n’est pas la seule cause du mécontentement des fans; pour beaucoup il s’agit de la goute d’eau qui a fait déborder le vase. Certaines fans japonaises se demandent notamment ce que fait le reste du staff UtaPri: est-ce normal qu’Agematsu semble prendre ce genre d’initiative seul ? On note aussi le timing, un peu rapide pour annoncer un pause (même si ce n’est pas un communiquer officiel). Beaucoup de personnes suspectent qu’il voulait en réalité en prendre une depuis un moment mais cherchait juste un bon prétexte. Je parle des suspicions, mais nous ne sommes pas non plus dans les coulisses. Il est difficile de déterminer le degré de responsabilité de chacun dans cette affaire.
Les réactions sont mitigées, si certains jugent qu’Agematsu est indispensable à la licence, d’autre affirme que ce serait ignorer l’importance du reste du staff.
S’ajoute à cela la récente fermeture des serveur d’IdolMaster: side M. On dirait que beaucoup de société ont du mal à gérer les licences joseimuke; au plus grand regret des fans qui sont pourtant présentes et dépenses des fortunes.
En ce qui me concerne, ayant été moi-même un peu bercée par UtaPri,je trouve tout ça un peu triste. BackPri est un projet que je trouve intéressant; mais les appeler Princess-sama alors qu’Haruka et Tomochika existent déjà… (elles me manquent). Je déplore le harcèlement qu’a pu subir Agematsu, mais le ressentiment de la fandom envers la licence n’est pas non plus infondés. Pour finir, je trouve ça aussi regrettable que les nouvelles filles de BackPri soient introduites dans ces conditions. Il ne fait aucun doute que ce nouveau projet, aussi intéressant soit-il, souffrira de son début. La plupart des fans d’Otome ne sont pas hermétiques aux personnages féminins, mais il y a des règles. Présenter au public de nouvelles « princess » venant d’un univers sans aucun lien lorsque la licence de base a fait son maximum pour effacer Nanami Haruka: ça ne passe pas pour beaucoup. En lisant les tweets d’Agematsu, on comprend son choix; mais était-ce vraiment une bonne idée d’imposer maintenant, dans ces conditions, une idée vieille de 15 ans en contradiction avec ce qu’est devenu la licence et sa fandom ? Ce n’est pas forcement un drame de créer un dérivé pour un autre public; mais l’annoncer 15 ans après un 1er avril en créant une confusion dans les appellations: pas étonnant que ça ne passe pas. Non pas que BackPri aie pour but d’effacer UtaPri, ce n’est pas tellement le problème mais plus une question de symbolique je pense.
D’autant plus que l’industrie joseimuke et surtout Otome est de plus en plus fragile: beaucoup de boites ferment, Otomate mise sur la quantité tout en produisant 10x moins qu’avant, rejet s’est transformé en magasin de goodies, Primula repose essentiellement sur le même titre… Si même Broccoli se détourne de son public féminin on a de quoi s’inquiéter pour l’avenir du genre. En parlant de Broccoli, ce n’est pas non plus un hasard si pour leur derniers jeu à succès JACK JEANNE ils ont misé sur le prestige d’Ishida Sui, auteur de manga shounen (Tokyo Ghoul). Il y a une réelle envie d’appâter un public masculin, notamment en évitant l’appellation Otome Game sur les sites officiels, bien qu’il rentre complètement dans la définition.
Et vous, qu’en pensez vous ? J’avoue être toujours mitigée.