Yoshiwara Higanbana (version console)

Tout d’abord sorti sur PC sous forme d’un Otome R18, Yoshiwara Higanbana est un jeu jouissant d’une certaine renommée. Réputé comme étant un des rares « bons » titres R18, il fait parti des jeux réapparaissant assez souvent dans les sondages de Mangagamer. Une version réadaptée (+ une route, – les scènes explicites) est sortie sous l’appellation Yoshiwara Higanbana Kuon no Chigiri d’abord sur PS Vita, puis sur Switch. Moi j’avais préco la version Switch donc nous y voici.

Contrairement à la majorité des génériques de VN, celui-là présente pas mal d’illustrations qui n’ont rien à voir avec les CGs présentes en jeu.
  1. Synopsis
  2. Prise en mains
  3. Graphismes
  4. Personnages
  5. Scénario
  6. Conclusion

Synopsis

Yoshiwara, quartier des plaisirs; durant l’ère Edo.

C’est dans une maison close nommée « Oukaya » que travaille en tant qu’Oiran (prostituée de haut grade) le belle Chihaya, de son vrai nom Rin. Dans une routine quelque peu sordide où elle est contrainte de se vendre chaque nuit à bon nombre d’étranger, le quotidien de la jeune femme n’en est pas pour le moins paisible. Bien que vivant dans un monde décrit comme étant l’Enfer sur terre, Chihaya est fière de ses talents qu’elle peut montrer à ses clients et ne trouve rien à redire à sa vie…. Jusqu’à ce qu’elle apprenne à aimer véritablement.

Traduction très libre et brodée du synopsis officiel.

Prise en mains

Comme on pourrait se l’attendre d’un Otome d’abord apparu comme jeu R18, le thème de base est en lui-même déjà très porté sur la sexualité. Bien que la version consoles soit CERO D (déconseillée au moins de 17 ans), les scènes et allusions sexuelles sont belles et bien présentes bien que non montrées explicitement la plupart du temps. Même en version censurée, il faut garder à l’esprit que le jeu s’adresse bel et bien à un public mature.

Yoshiwara Higanbana est à mon sens un VN assez simple (si on fait abstraction du vocabulaire utilisé – Because Waafu game). La narration est à la troisième personne. La route commune sert plus d’introduction à tous les personnages que de présentation d’un plot (qui arrive plus tardivement). Bien que toutes les routes ne soient pas bloquées il est fortement recommandé de les effectuer dans cet ordre: Sakuya ou Shinobu > Akito > Shigure > Souichirou (Bad End obligatoire) > Tatsukichi > Souichirou (Bonne fin) > Shigure (True).

Autre chose que j’ai noté c’est la possibilité de changer la police d’écriture du texte. Tout le monde s’en fou mais j’ai trouvé ça vachement chouette.

Graphismes

Le jeu est très beau, quoique modeste. En effet, ici pas de sprites ultra dynamiques ni de lipsync. Les illustrations sont d’assez bonne fortune sauf peut-être celles de la route de Shinobu qui sont…. moins qualitatives pour une raison qui m’échappe. Certaines CGs de la route de Sakuya manquent aussi pas mal d’originalité (pendant un moment je me demandais si elles n’allaient pas toutes êtres des gros plans sur le visage du personnage !). Sinon c’était clairement pas moche.

La bande son est de son côté très réussie avec un opening et un ending tout simplement magnifique, tout deux interprétés par Riryka.

Personnages

Les doubleurs étant présentés sur leur noms de scènes habituels par le site officiel de la version console ici testée, cette review va prendre le même parti.

Chihaya / Rin (Vrai nom modifiable)

Malheureusement, son vrai nom n’est pas prononcé quand il est laissé par défaut. Fort heureusement, les personnages prononcent plus souvent son nom d’Oiran: Chihaya. Rin est une jeune femme fière est talentueuse dans bien des domaines artistiques. Elle s’est donnée du mal pour acquérir le statut d’Oiran et perfectionner ses arts. Son âge n’est pas précisé il me semble mais il ne fait aucun doute qu’elle soit dans la vingtaine: c’est une femme avec du vécu qui a eu le temps de se forger une volonté de fer pour survivre en tant que prostituée. La scène d’exposition nous présente Rin, ou plutôt Chihaya, de but en blanc comme étant fière, forte et même avec un brin de mystère. Cette image volontairement lumineuse, celle qu’elle montre à ses clients et collègues, ne va pas durer longtemps une fois les premiers chapitres passés et Rin se révèle derrière ses parures comme étant une jeune femme presque banale avec ses faiblesses. Elle a été amenée à Yoshiwara pour soutenir financièrement ses parents. Bien que je regrette un peu qu’elle ne soit jamais aussi charismatique que lors des 10 premières minutes de jeu, je la mettrai quand même dans la catégorie des bonnes héroïnes pour sa maturité.

C’est une prostitué et elle semble exercer ce métier depuis des années déjà, alors autant vous dire que le cliché de l’héroïne qui n’a jamais approché un homme ici il va bien se faire voir. Autre chose notable: elle est entreprenante et respectée ! Nombreuses sont les scènes où Rin prend les devants dans ses rapports avec les autres personnages.

Sakuya (CV: Mizushima Takahiro )

Sakuya est un jeune homme travaillant en tant que coiffeur pour les différentes courtisanes présentes à Yoshiwara. Il est très calme et consciencieux mais semble totalement ignorant dans tous les domaines qui ne concernent pas son travail. Travail dans lequel il excelle d’ailleurs. Il s’agit d’une des premières routes qu’il est conseillé de faire. Celle-ci présente les problématiques liées à une romance dans le milieu de Yoshiwara: un véritable interdit; sans pour autant toucher l’intrigue principale. Pourtant, ça en est pas moins intéressant: on en apprend plus sur l’univers dans lequel évolue les personnages sans être complètement retournés. La relation qui s’installe entre Sakuya et Chihaya est crédible est très attendrissante. Cette route avait vraiment quelque chose de rafraîchissant car cassait un peu les clichés qu’on avait l’habitude de voir: Sakuya étant un jeune homme assez candide et ignorant (y compris en ce qui concerne la sexualité), c’est l’héroïne qui va lui enseigner bon nombre de choses et pas l’inverse.

Ootsuki Shinobu (CV: Majima Junji)

Shinobu est une autre route dirais-je « d’introduction »: tout comme celle de Sakuya, elle ne touche pas l’intrigue principale et reste focalisée sur les problématiques liées à une relation amoureuse à Yoshiwara. Cependant Shinobu a plus de choses à cacher qu’il n’y paraît. C’est un personnage sympathique qu’on pourrait faire rentrer dans la case du « dragueur ». Shinobu est un client régulier d’Oukaya (et de Chihaya) et traite les courtisanes qui y travaillant comme des amies avec qui il aime passer du temps. Malgré ses airs de coureurs de jupons il n’en est rien: il a beau passer les plupart de ses nuits dans la maison close, il est réputé pour toujours s’endormir sans jamais oublier de payer. La plupart des courtisanes jalousent d’ailleurs Chihaya pour avoir un client aussi « facile ».

Kaguraya Akito (CV: Takeuchi Ryouta )

Akito est un courtier réputé pour sa froideur, voire sa violence envers ceux qui ne rendent pas l’argent. C’est un vieil ami de Shigure le patron d’Oukaya et il connait l’héroïne depuis qu’elle est jeune. Dès le début leur relation est décrite comme étant conflictuelle: ils ne peuvent pas se blairer et pourtant s’instaure entre eux une certaines tension amoureuse (et sexuelle). Sa route commence par une volonté de s’imposer de la part des deux personnages et le rapport de force va souvent s’inverser tout au long de l’histoire. Bien qu’allant jusqu’à se présenter à Chihaya comme client pour la provoquer, Akito se révèle être nettement plus doux qu’il n’y paraît. Avec lui, on touche aussi le tout début de l’intrigue et instaure une dimension tragique presque Shakespierienne…

Oukaya Shigure (CV: Morikawa Toshiyuki)

Bon alors après cette route le ratio Happy End/Bad End va clairement en faveur du côté PLS de la force vous êtes prévenu(e)s. Shigure est le mentor de Chihaya, l’ayant « recrutée » il y a bien des années alors que cette dernière n’était qu’une enfant et que le buisness était tenu par son père (à Shigure). Il semble véritablement attaché à elle, un attachement qui pose plusieurs questions dont les réponses ne seront trouvées qu’à la toute fin du jeu. Car oui, Shigure est un personnages dont la véritable route n’est disponible qu’après avoir achevée toutes les autres. Impossible de vous dire quoi que ce soit sans parler mais: Tragédie avec un T.

Iseya Souichirou (CV: Nakazawa Masatomo)

J’EN PLEURE ENCORE. Souichirou est une jeune marchand assez fortuné faisant la connaissance de l’héroïne plus ou moins par hasard au début du jeu. Très dur de parler de sa route sans spoiler, surtout quand les grandes lignes de ses motivations sont déjà dévoilée dans la première route de Shigure. Souichirou est considéré comme le Poster Boy (comme j’aime les appeler) du à l’étroit lien qu’il entretien avec le passif de l’héroïne. C’est aussi sa route qui marque un véritable tournant dans l’expérience du jeu si toutefois vous suivez l’ordre recommandé. Car oui: une Bad End. Obligatoire. Vous attend. Ma fin préférée de tout le jeu. Le jeu a décidé que pour chopper la Happy End (ou plutôt la Best End vous comprendrez bientôt pourquoi) il fallait chopper celle de toutes les autres routes. Sauf que pour Tatsukichi, débloquer sa route impose déjà d’avoir vécu la Bad End N°1 de Souichirou. Oui ça devient très vite compliqué. Personnellement j’ai eu beaucoup de mal avec ce perso et bien qu’ayant fondu en larmes pour sa première fin triste (OBLIGATOIRE PUTAIN) bah une fois la Happy End arrivée j’étais…. déçue ? Insatisfaite. Sans doute à ce stade du jeu avais-je été habituée à la douce saveur des larmes et autant pour moi: c’était la dernière happy end que le jeu m’ait donnée.

Tatsukichi (CV: Okitsu Kazuyuki)

Route exclusive aux versions consoles. Si vous avez joué à la version PC et que vous vous demandez si ça vaut la peine de se jeter sur une version console pour ce personnage, je préfère vous prévenir: c’est du SUICIDE. Grâce à cette route, j’ai compris pourquoi dans ce jeu on parlait de « Best End » et pas de « Happy End ». C’est fourbe. Très fourbe. Bien que présentant une romance assez crédible je dois avouer que cette route est assez insatisfaisante. Tatsukichi est un personnage assez silencieux au service d’Oukaya. Il aide les courtisanes et semble malgré son air froid assez bienveillant envers l’héroïne. Difficile d’en dire plus sans spoiler la route de Souichirou, Souichirou qui devient d’ailleurs le principale problème de cette route ! Non mais, sérieusement j’ai rien trouvé de plus frustrant que de constater que Tatsukichi était presque constamment dans l’ombre de ce dernier, donnant à cette route des airs de dilemme triangle amoureux du début à la fin.

Scénario

En tout honnêteté, je ne trouve pas Yoshiwara Higanbana suffisamment abouti pour le qualifier de chef-d’oeuvre absolu. Mais il est très bon; ça, ça ne fait aucun doute. Malgré un scénario et des retournements de situation assez simplistes, le titre s’avère extrêmement intéressant pour ses thématiques abordées et surtout la façon dont il les aborde. Parler d’amour dans une maison close, c’est un sujet à la fois connu et pourtant peu exploité de nos jours. Si en plus on ajoute la vision des travailleuses du sexe dans nos sociétés, autant vous dire que je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Faut dire que le sujet est vaste et complexe. Les Otome R18 ayant déjà une sale réputation concernant les scènes de viol diverses et variées, je m’attendais à voir la pauvre Chihaya maltraitée et constamment mise en position de faiblesse… Il s’est vite avéré qu’il n’en est rien. Bien que proposant une vision légèrement romancée (fiction oblige), le jeu fait peu dans le jugement et raconte son histoire. Il faut dire aussi qu’il y a tout un contexte, Yoshiwara est un endroit très codifié où les prostituées sont aussi bien protégées qu’emprisonnées par leurs maisons. Dans ce milieu, Chihaya n’est pas n’importe qui: c’est une Oiran, elle vend aussi bien ses nuits que ses arts et a reçus une éducation pas seulement sexuelle mais aussi spirituelle et artistique. Considérée comme la fierté de sa maison, ses clients sont triés sur le volet et suivent des règles très strictes. Par exemple, impossible pour eux de demander à passer une nuit seul à seul avec elle s’il ne sont pas allé la voir 3 fois avant.

On ne voit quasiment jamais Chihaya coucher avec des clients (hors perso principaux), même de façon suggérée. L’image qu’elle donne est quelque part un peu romancée bien que le personnage nous parle souvent d’à quel point le sexe lui faisait peur quand elle était jeune, ainsi du fait qu’elle se sent elle-même « sale » même si elle assume son travail. De leur côté, les personnages masculins sont pour la plupart respectueux, voire admiratifs de Chihaya et ne voient en elle qu’une jeune femme forte avec un travail difficile. On est loin de la vision de la femme-objet et j’avais même l’impression que Chihaya était une héroïne d’Otome Game nettement plus respectée que la moyenne. On a quelques scènes limites-limites c’est vrai, qui souvent s’inscrivent dans la continuité de Bad Ends un peu trashouilles mais l’esprit du jeu dans son entierté me paraît tout de même plus sain que bien d’autres otome games…

Si vous cherchez à en apprendre plus sur la société japonaise de l’époque, ce titre est définitivement un bon choix. On est pas non plus dans un court d’Histoire: ici pas de politique à la Hakuouki mais bien une vision du mode de vie des courtisanes à Yoshiwara ainsi que des différentes personnes les entourant. Bien sûr, ça reste de la fiction et la plupart des situations sont bien romancées comme il faut.

C’est un petit peu annoncé sur la jaquette, mais oui: la romance à Yoshiwara c’est un petit peu impossible. Enfin, d’après Shigure, Chihaya a parfaitement le droit de tomber amoureuse si et seulement si cela n’influe pas sur ses prestations et/ou ne lui donne pas des envies de fugues. Autant vous dire que c’est rappé (◕‿◕)

Les rapports qu’entretient l’héroïne avec ses potentiels partenaires (qui ne sont pas tous des clients) sont étonnamment sains: faut dire que je m’attendais à du trash, du glauque. Malgré un contexte qui ne semble pas propre à cela je voyais en Chihaya une femme nettement moins soumise que la majorité des héroïnes d’Otome Game.

Outre une quête de la vérité qui s’impose à l’héroïne dans les routes « principales », la problématique commune à toutes les routes (sauf peut-être Shigure) consiste à libérer Chihaya de ses chaînes afin qu’elle puisse vivre sa romance sans contrainte…. Pour un prix qui peut s’avérer assez coûteux. Nombreuses sont les Bad Ends et la plupart m’ont d’ailleurs semblées plus crédibles que les bonnes fins, surtout si on prend en compte la froideur de la réalité de l’univers derrière les jolies parures. On pense au début être tombé(e) sur un jeu un peu slice of life vis ma vie d’Oiran mais l’histoire tourne rapidement au drame psychologique. La folie est aussi une thématique assez présente sur la fin tant les personnages ont été menés à bout.

S’il y a un aspect de Yoshiwara Higanbana que je retiens c’est bien le tragique, les larmes, la souffrance la PLS. Le jeu avait clairement un minuscule cota de fins heureuses et c’est justement ce qui m’a le plus intéressée. On a une espèce de notion de fatalité dans la moitié des routes dans lesquels Chihaya se fait presque symboliquement rattrapée par son destin.

Conclusion

Si vous n’avez pas peur de pleurer et que vous êtes branché(e) Waafu Game, Yoshiwara Higanbana mérite définitivement le détour. J’espère sincèrement que la version PC sera un jour localisée par Manga Gamer car on a là un rare bon exemple d’Otome R18. Les versions consoles sont selon moi correctement censurées: on a conscience de la présence des scènes de sexes (les enlever totalement aurait dénaturé le jeu et son propos) mais ça reste assez soft. J’aurais sincèrement aimé plus de longueur et de développement mais je dois avouer que le jeu est extrêmement digeste. Je plussoie l’initiative de bloquer le plus gros du mystère pour le rendre accessible qu’à la fin car c’est ça qui a fortement contribué à rendre mon expérience marquante et unique. Encore là, la principale difficulté reste le japonais qui niveau langage est clairement pas des plus faciles. Surtout que les femmes de Yoshiwara ont leur dialecte, le kuruwakotoba, qui demande un certain temps d’adaptation si on est pas habitué(e).

Scénario

Note : 5 sur 5.

Système

Note : 4 sur 5.

Graphismes

Note : 4 sur 5.

Sons

Note : 4 sur 5.

Note personnelle

Note : 4 sur 5.

Contenu

Balance intrigue/romance:

plutôt romance

Violence:

Modérée

Contenu sexuel:

fort

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