Shinigami to Shoujo, mon Otome Game préféré (rien que ça)

Shinigami to Shoujo est un Visual Novel type Otome sorti sur PSP en 2011 développé et publié par TAKUYO. Le scénario est de Fujifumi (Taishou x Alice) et les illustrations de Sumihei. Ce jeu ayant une moyenne supérieure à 8/10 chez vndb je me suis dit que ça pouvait pas être mauvais. En effet, ce jeu fait carrément mordre la poussière aux Shinigami kareshi series. Un don du ciel que j’ai dévoré d’une traite. Le jeu est désormais aussi disponible sur PS Vita et Nintendo Switch, en japonais uniquement.


Synopsis

L’histoire se passe dans une ville moderne du Japon dont le symbole est une horloge en haut d’une tour qui a cessé de fonctionner. Sayo, l’héroïne issue de la haute société, vit seule loin de la demeure familiale avec son frère Tooya qui écrit des histoires sans réussir à les vendre. Un beau jour ce dernier lui annonce son nouveau projet: une histoire à propos d’un Shinigami (Dieu de la mort/faucheur) et d’une jeune fille qui partent ensemble voyager à la recherche du plus beau mot au monde. Au même moment, des rumeurs courent sur la présence d’un soi-disant Shinigami en ville, ce après quoi, par le fruit d’un étrange hasard Sayo fait la rencontre d’un mystérieux jeune homme disant avoir tout oublié à l’exception d’une chose: il est un dieu de la mort.

Shinigami to Shoujo possède une ambiance toute particulière qu’il m’est très dur de décrire. Les trois, voire quatre premiers chapitres (ça dépend des routes mais j’y reviendrai plus tard) représentent chacun une histoire liée à des personnages secondaires. Ces histoires ont toutes leur parcelle et vrai et de faux, comme un conte de fée qui matérialiserait des principes réels dans des situations fantastiques. On se demande souvent si le côté fantastique est bel et bien là où s’il s’agit simplement d’une méprise de la part des personnages, voire même de Sayo qui a complètement perdu le sens des réalités à force de lire. Et pourtant oui; c’est bien ça qui fait en grande partie le charme de Shinigami to Shoujo. C’est cette zone grise entre réaliste et fantastique qui interpelle et qui nous pousse à finir la totalité des routes pour comprendre pourquoi. Est-ce que les personnages vivent tous dans l’illusion ? Quelqu’un les persuadent-ils ? Se sont-ils auto-persuadés ? Ou tout est bien réel ?

Graphismes

On est assez loin du style otome habituel (il me semble que Sumihei travaille plutôt sur des light novel en général) donc on est globalement sur des graphismes assez simples sans pour autant être désagréables à regarder. Je pense aussi que ça correspond plutôt bien à l’univers.

Personnages

Shinigami to Shoujo a pour particularité de n’avoir presque aucun personnages en retrait, chacun, même les personnages dit ‘secondaires’, a droit à son développement et son petit quart d’heure de gloire. Même la meilleure amie de Sayo, Kaho n’est pas un simple meuble et joue un rôle très important dans le chapitre 3. Je dois dire que c’est plutôt plaisant de mettre ainsi la lumière sur des persos qui n’ont rien à voir avec le love interrest propre aux Otome. Même les personnages semblant complètement invisible dans certaines routes peuvent se révéler cruciaux finalement, Personne n’est là par hasard.

Toono Sayo (CV: Ueda Kana)

event07

Bon alors déjà héroïne doublée: ça veut dire quelque chose. Certes, elle n’est pas doublée pour la totalité du jeu (grosse déception) mais seulement pour le prologues, les routes de Tooya et Ao ainsi que les épilogues. Mais ça m’a suffit pour imaginer la façon dont elle disait ses répliques lorsqu’elle ne les disait pas justement. Sayo n’est pas une héroïne comme les autres dans le sens où même si le jeu nous met 90% du temps de son point de vue, ce n’est pas pour autant un personnage ‘fenêtre’ dont la personnalité a été écrite pour facilité l’immersion à Madame Tout-le-monde. Pour commencer, Sayo est belle, voire même trop belle. A tel point qu’elle est comparée à une princesse de conte de fée (pour le meilleur comme pour le pire). C’était la première fois que je voyais une héroïne essentiellement définie par sa beauté de l’extérieur. Même le site officiel du jeu place en phrase d’accroche pour la présenter « Une magnifique jeune fille ». Mais derrière ses traits fins se cache une personne fragile. Sayo n’est pas ‘normale’, elle a au début de l’histoire tout de la ‘Ojou-sama type‘: elle parle poliment, ne s’énerve jamais, ne crie jamais, ne va probablement pas aux toilettes d’ailleurs et ne laisse paraître un peu plus qu’en compagnie de son frère. C’est quelqu’un qui peut sembler très ouvert d’esprit, regardant les choses sous plusieurs angles et ne rejette pas les autres même lorsqu’ils disent des choses improbables; mais elle garde des opignions très arrêtées sur certains sujets. Plus l’histoire avance, plus on constate que Sayo est aussi fragile,  émotionnellement incapable de se contenir dans des situations bien précise, on pourrait même dire qu’elle perd la raison à certains moments. J’ai personnellement beaucoup apprécié cette héroïne pour sa profondeur et son émotivité: les situations du jeu me touchant déjà beaucoup, les vivre à travers Sayo m’a vraiment mit les larmes aux yeux part moment. J’ai éprouvé énormément d’empathie pour elle en ce qui me concerne mais je conçois que ce ne soit pas forcément évident pour tout le monde tellement ce personnage semble loin de nous par moment.

Elle souffre de PTSD et de crises d’angoisses par moments.

Routes

Il est très recommandé, voire primordiale de faire les routes dans l’ordre suivant: Hinase Mitsuru → Kirishima Nanaki (+ Chiyo) → Toono Tooya → Ao

Pourquoi ? Tout simplement parce que le jeu a une construction assez rare qui fait que les routes ne consistent pas totalement en des histoires centrées sur le love interrest mais se complètent les unes aux autres en reprenant chacune les intrigues de la précédente d’un autre point de vue et, en ajoutant de nouvelles intrigues et informations. De ce fait, la route de Mitsuru est la plus courte et celle d’Ao la plus longue.

Hinase Mitsuru (CV: Suzuki Tatsuhisa)

event03

Court mais intense, dirons nous. En effet cette route ne fait qu’un seul chapitre face aux trois de la common on a un peu l’impression de se faire arnaquer sur la longueur et pourtant cette route a quand même le mérite de remplir avec brio son rôle de ‘première route à faire’ en plaçant subtilement certaines bases de l’univers et de l’intrigue globale, quand bien même les pistes posées dans cette route ne se remarquent que dans les autres. Parlons un peu de ce Mitsuru maintenant: c’est clairement le playboy de la clique. Il éprouve de l’intérêt pour Sayo dès le début, c’est d’ailleurs pourquoi il la suit dans ses aventures lors de la common route. Il déconne énormément et n’est donc que rarement pris au sérieux par Sayo, qui n’hésite pas à surenchérir sur ses plaisanteries d’ailleurs. Cette route est, malgré sa petite longueur, très certainement la plus ‘otome’ dans le sens où c’est la seule où la romance est clairement mise en avant.

Kirishima Nanaki (CV: Chiba Susumu)

event04

Nanaki est un jeune homme sérieux appartenant au club de kendo du lycée. Il a notamment la capacité de voir ‘ce que les gens normaux ne peuvent pas voir’, parmi ces choses se trouve Chiyo, son ‘ami d’enfance’ que lui seul peut voir… Enfin, il s’avère que Sayo a elle aussi la capacité d’interagir avec Chiyo, tout comme Ao d’ailleurs. De ce fait, Chiyo est très heureux de pouvoir parler une quelqu’un d’autre et s’attache très vite à Sayo. Cette route aussi dure un chapitre, deux si on compte celui traitant Mitsuru dans l’hypothèse où Sayo n’aurait pas accepté ses avances. L’amitié entre Nanaki et Chiyo est au centre du récit ici, et j’aime la bromance. C’est aussi une introduction au passif de Sayo. Il existe une fin pour Nanaki et une fin pour Chiyo, ce perso un peu maltraité dans la galerie on le met avec les autres comme s’il n’était pas un vrai love interrest, choquée. Cette route continue celle de Mitsuru et se fait poursuivre par la suivante… *roulement de tambours*

Toono Tooya (CV: Kawashima Tokuyoshi)

event02

Je vous jure c’est pas ce que vous croyez. On est au moment où je perds absolument toute objectivité car Tooya est mon personnage préféré. Il est présenté comme étant le frère de Sayo et leur relation est, dès le début du jeu, très ambigue. On est très loin du cas de « grand frère » ultra possessif sortant le famoso « moi je ne t’ai jamais vu comme une soeur ». Malgré l’ambiguité ambiante dans leurs rapports, Tooya est avant tout extrèmement dévoué et se contente de son rôle de protecteur sans pour autant étouffer Sayo. Allant même jusqu’à l’inciter à se rapprocher des autres pour mettre fin à la co-dépendance. Co-dépendance qui est expliquée et largement justifiée par le plot.

Ao (CV: Kanna Nobutoshi)

event01

Ao n’est autre que le fameux Shinigami amnésique que rencontre Sayo au pied de la tour de l’horloge de la ville. Son nom lui a été donné par Sayo en référence à la couleur du ciel au moment de leur rencontre, c’est un jeune homme vraisemblablement d’origine étrangère qui n’affiche presque aucune expression. Il parle et comprend excessivement bien le japonais, se donnant ainsi la capacité de lire des livres anciens, chose qu’il fait du matin au soir. Cet intérêt pour la lecture le rapproche de Sayo et par extension, de Tooya. Il lui arrive donc de débarquer chez eux pour emprunter des livres. On se demande régulièrement si Ao est réellement un Shinigami ou sinon, pourquoi se présente-il de la sorte. Sa route m’a semblé légèrement décevante en premier temps, parce que j’étais toute chamboulée émotionnellement par celle de Tooya donc je m’attendais à du grandiose de la même catégorie… Il faut dire que dans cette route, Sayo passe quand même énormément de temps avec son frère et se retrouve victime d’un cruel dilemme. Avec du recul je me rends compte que c’est quand même cette route qui donne un sens à tout le reste, c’est cette route qui paraît la plus ‘vraie’ et juste. Car c’est dans cette route que Sayo évolue entièrement, après avoir perdu bien des choses. Une fois cette partie achevée on se rend compte que toutes les autres (sauf peut-être celle de Tooya bien qu’elle n’achève pas l’intrigue) n’étaient que des bases, des amuses-bouches. Ao n’a pas volé sa place de poster boy, mais je regrette que son traitement se fasse dans le même chapitre que celui de Tooya. J’en voulais plus pour d’avantage m’attacher à lui, mais ce serait mentir que de dire que je n’ai pas apprécié sa route.

Scénario

« Si tu es le dieu de la mort, vas-tu prendre ma vie sur le champs ? »

« Puisque je suis le dieu de la mort, je finirais très sûrement par prendre ta vie. »

Certains évenements sont sujets à interprétations. La partie fantaisiste est-elle réelle, est-ce une métaphore utilisé par l’autrice ou puis est-ce les personnages qui interprètent les évenements qui les entourent de manière fantastique? Et non je ne parle pas d’incohérences scénaristiques toute bête qui gâchent une histoire, si dans Shinigami to Shoujo certains morceaux semblent de pas pouvoir s’assembler, c’est justement pour inciter la joueuse à finir complètement et à réfléchir. Certaines réponses ne sont d’ailleurs jamais données explicitement, à la question « Quel est le plus beau mot au monde ? » notamment.

Que dirais-tu d’aller chercher avec moi le plus beau mot au monde ?

Toona Sayo à Ao, s’inspirant du projet de Tooya

Le conte de fé prend aussi une place très importante dans la narration. Sans pour autant entrer dans la réécriture totale, Shinigami to Shoujo insère certains concepts via des références diverses, notamment à des contes comme Blanche Neige, pour son récit et ses personnages de façon psychologique. En effet, quand le récit se sert de contes, c’est clairement pas pour faire jolie mais surtout pour appuyer certaines facettes des personnages, en particulier celle de Sayo qui se retrouve souvent malgré elle dans le rôle de la ‘Princesse prisonnière d’un sortilège’. Toutes ses références sont incrustées de façon très intelligente à mes yeux, elles ne brouillent pas le récit.. Shinigami to Shoujo, c’est plein de petite histoire dans une: celle du Shinigami et de la jeune fille, qui est elle-même une histoire. Par moment il arrive que le quatrième mur soit fissuré sans être pour autant brisé: tout n’est qu’histoire racontées, difficile pour les personnages de distinguer le faux de vrais tandis qu’à nos yeux (nous, spectateur), tout ce qui est dans le jeu est faux car il s’agit là d’une fiction.

Le voyage initiatique est aussi un thème très récurent. Même si les personnage ne quitte pas la ville, le chemin parcouru par Sayo et Ao dans leurs recherches n’en n’est est pas moins long et périlleux. Dans Shinigami to Shoujo, les mots de son pas que des assemblages de lettre mais des expériences à part entières. Pour les personnages, « découvrir des mots » c’est se confronter à des réalités et des illusions nouvelles et se les approprier. Que ce soit l' »amour », les « larmes », les « souvenirs », les « cosmos »…

Une fois l’histoire principale terminée, vous pouvez débloquer du contenu supplémentaire en assemblants des mots clés. Je vous conseille vraiment de la faire car ces contenus bien que « facultatifs » pour la compréhension de l’ensemble de l’œuvre rajoutent vraiment quelques chose. Vous trouverez des guides assez facilement.

Conclusion

Shinigami to Shoujo est un (assez long) Visual Novel d’un très rare charme. Je ne dirai pas cependant qu’il s’agit d’un ‘must’ en ce qui concerne le genre Otome… Car il faut le reconnaître, on s’éloigne souvent la pure romance ‘otome’ et il vaut mieux se lancer dans ce jeu pour son histoire et ses personnages que réellement pour l’évolution des relations, la plupart des personnages étant sujet au el famuso coup de foudre. Je garde un très bon souvenir de ce jeu, et surtout de sa bande son qui m’a bien fait pleurer aux fins. Oui, on pleure beaucoup, parce que c’est triste, parce que c’est beau. On s’attache tellement aux personnages qu’on est prêts à accepter n’importe quelle explication pour les Happy Ends, pourvus qu’ils finissent heureux. Le parti pris dans la narration et le scénario fait autant le charme de ce jeu que ces défauts. Ceux qui ne se laisse pas facilement porter risquent d’être largués, surtout en ce qui concerne les Happy Ends, qui quelques fois tirées par les cheveux si on ne fait pas l’effort de réfléchir au delà de ce qu’il nous est montré. Les histoires bonus sont aussi très sympas, certaines permettant de répondre à quelques questions dont les solutions n’étaient dévoilées qu’implicitement dans les routes. Bref, de qualité, je n’ai pas vu le temps passé, je suis même presque prête à pardonner le fait que les routes se suivent presque trop à telle point qu’on se retrouve avec peu de moment ‘exclusifs’ à certains love interrests. Même si ça peut faire très ‘copy past – les scénaristes avaient la flemme’, dans le cas de Shinigami to Shoujo, cette construction me semble plus justifiable par le caractère ‘mystérieux puzzle’ de l’histoire, ça renforce d’ailleurs l’idée que seule la route d’Ao bénéficie de la totalité des clés de l’intrigue.

Une réflexion sur “Shinigami to Shoujo, mon Otome Game préféré (rien que ça)

Laisser un commentaire