Trigger warning: cet article va traiter de sujets potentiellement choquants. Mentions de viols, agressions et harcèlement. Le jeu étant lui-même pour un public averti.
Moshi, Kono Sekai ni Kami-sama ga iru to suru naraba (traduisons par « Si Dieu venait à exister dans ce monde ») abrégé « MoshiKami » parce que pour le coup on a vraiment la flemme; est un Visual Novel Otome signé rejet sorti le 25 février 2016 sur PS Vita au Japon. Aucune traduction anglaise n’est prévue (Rejet quoi…) Le jeu est classé CERO D c’est à dire qu’il est déconseillé au moins de 17 ans.
Introduction
Un beau jour, une étrange lettre parvient à Kurumi Haruka, jeune lycéenne vivant seule avec son frère et sa mère. Cette lettre aurait en réalité été écrite de sa main… 7 ans auparavant, sans que cette dernière n’en ai gardé le moindre souvenir. Pensant d’abord à une mauvaise farce, Haruka continue d’affronter son quotidien jusqu’à ce qu’elle fut nommée pour faire partie du comité d’organisation du voyage scolaire déjà composé d’étudiants du nom d’Ace, Neji, Kyou et Shuri… Tous ayant par le fruit du destin reçus eux aussi une lettre similaire à celle d’Haruka.
Ces lettres ne sont pas anodines et poussent chacun d’eux à faire face à leur démons oubliés, mais c’est alors qu’ils se rendent compte que quelque chose ne va pas avec ce « monde »…
Ah, MoshiKami, déjà réputé pour être particulièrement difficile pour sa violence aussi bien gore que psychologique, c’est aussi à mon sens une rare perle qui mérite qu’on détourne le regard pour s’attarder dessus, pour peu qu’on ai les tripes pour. Pourtant non, on est pas dans un VN gore R18, vous ne verrez pas d’organes dévorés et de membres disloqués, seulement du texte qui fait mal.
Mais bon même si MoshiKami a déjà sa petite réputation d’Otome trash, dans les faits il n’en est rien, la violence servant principalement à marquer les esprits mais dans le cas de MoshiKami, s’il faut trouver une raison pour tenter l’expérience c’est bel et bien pour le propos globale du scénario. Eh non, pour le coup si vous cherchiez un Otome pour vous divertir et simplement combler votre petit cœur autant vous dire que MoshiKami n’est certainement pas le choix le plus judicieux. Ce jeu est une souffrance extrêmement bien mise en scène dans laquelle il est presque impossible de faire des love interrest son fantasme tellement les personnages sont des bon gros traumatisés. Et pourtant, le jeu a une intention de plaire et de présenter ses personnages comme attirants. On reste dans Otome aux tendances romantiques assez fortes.
MoshiKami a pour particularité de proposer 2 routes pour chaque personnages, ce qui fait donc 4 fins possibles pour chacun (chaque route ayant sa happy end et sa bad end). Si vous commencez un personnage, vous tomberez automatiquement sur la première route qu’il vous faudra achever pour pouvoir accéder à la seconde, répondant à plus d’interrogations.
Ce système narratif permet d’explorer plus en profondeur les travers de l’univers et d’avoir une réelle impression de quête de recherche de la vérité, vu que les réponses ne s’obtiennent pas si facilement que ça pour un Visual Novel.
Personnages
Kurumi Haruka (prénom modifiable)

Je vais pas tourner autours du pot: vous n’avez pas envie d’être Haruka, vraiment pas. Haruka c’est une fille douce et plutôt sympa à regarder qui n’a clairement rien fait de mal pour mériter un dixième de ce qu’elle subit. Très souvent harcelée par la gente masculine, elle subit aussi l’harcèlement de la part des filles de son lycée et n’a au début du jeu, pas d’amis et de gros problèmes de confiance en elle pour s’en faire (des amis). Comme si ça suffisait pas, à la maison sa mère perd un peu la boule et semble endoctrinée par une secte shintoïste. Ah, et aussi il faut savoir qu’Haruka est atteinte du syndrome d’insensibilité aux androgènes, elle a beau être socialement une femme, on peut pas dire qu’elle soit super à l’aise dans son corps intersexe. Haruka a un peu de tout ce qui fait qu’une jeune fille peu se sentir mal, que ce soit quand elle sort, en cours, chez elle et même dans son intimité. De ce fait, même lorsqu’elle obtient le pouvoir d’exaucer ses souhaits, elle est très réticente à l’utiliser à cause de son complexe.
Haruka est pourtant ce que j’appelle une héroïne travaillée, toute la route commune servant à la faire sortir de son état de mal-être pour l’aider à s’épanouir grâce à ses nouveaux amis, ce qu’elle fait d’ailleurs ! On part d’une jeune fille avec une estime de soi en dessous du niveau de la mer de part son passif qui finit petit à petit par prendre de l’assurance. Alors oui, on reste dans un Otome japonais où l’héroïne reste la gentille fille qui fait la popote et Haruka n’échappe pas aux bons vieux clichés n’est-il qu’on peut pas nier un certain réalisme dans la psychologie du personnages si on le replace dans son contexte. Elle reste une protagoniste attachante à l’évolution certaine. Mais. Il y a toujours un mais. Je regrette VRAIMENT qu’elle soit dans certaines routes prête à sacrifier sa vie à chaque embrouille comme si ça ne suffisait pas.
Sasanami Ace (CV: Toriumi Kousuke)

Ace est un jeune homme passionné de tennis sans pour autant vraiment se sentir concerné par la compétition. Il est plutôt silencieux, voire du type à passer pour un mec froid et insensible. Il a une passion assez atypique pour le « Karasu Coke » (vraisemblablement une sorte de coca-cola). Il se distingue pour ses qualités de meneurs, quelque soit la route c’est souvent à lui qu’incombe le rôle de maintenir le groupe en place même dans les situations les plus critiques.
J’ai énormément apprécié le personnage mais la première partie de sa route était un véritable ramassis de clichés de vieux manga shoujo avant que les choses sérieuses ne commencent vraiment. Il est recommandé de faire Ace en premier car ses routes sont les plus « soft », enfin les moins traumatisantes quoi.
Yumikura Neji (CV: Namikawa Daisuke)

Un coureur de qualité supérieure qui, contrairement à Ace, est très compétitif et attaché à la notion de victoire. Neji est assez simple comme gars, pour ne pas dire simplet. Capable de foncer droit dans le mur sans réfléchir pour aider ses amis, Neji est très attendrissant. Sa route reprend en quelques sortes certaines problématiques déjà perçue chez Ace mais en se voulant beaucoup plus crue et sanglante.
C’est vraiment un personnage que j’ai eu plaisir à voir apparaître, même en dehors de sa route.
Kamizato Kyou (CV: Suwabe Jun’ichi)

Kyou est un américano-japonais succes boy du lycée tmtc, cependant il a tout du rebelle au premier abord. D’un tempérament d’oridinaire plutôt calme (limite trop calme), il peut avoir quelques excès de violence (rassurez-vous l’héroïne n’en fait pas les frais). Lui, sa vie c’est sa bécane, qu’il utilise quotidiennement pour travailler. Car oui, sous ses airs de mec qui s’en fou, Kyou s’avère être quelqu’un travaillant d’arrache pied pour sa famille, notion qui sera d’ailleurs maîtresse dans ses routes.
J’avoue avoir moyennement apprécié le personnage en lui-même pour des valeurs qu’on peut facilement remettre en question (après bon… c’est une romance à la japonaise quoi) mais je pense qu’on a là la route qui m’a fait le plus chialer et me sentir mal.
Sashino Shuri (CV: Kaji Yuki)

C’est très rare de me voir aimer un personnage doublé par Kaji Yuki alors profitez-en. Oui je le clame haut et fort: Shuri président. Impossible de ne pas être intrigué par lui dès la route commune de part son intellect. Oui, Shuri est très malin car c’est bien lui qui remarque le problème d’harcèlement que subit Haruka au début du jeu. Il est aussi atteint du Syndrome du savant, syndrome qui dans son cas se traduit par une capacité à mémoriser absolument tout ce qu’il voit et entend. De ce fait, il a lui aussi subit le harcèlement étant plus jeune, forçant donc l’empathie qu’il a pour Haruka. Une empathie qui cependant n’a rien à voir avec de la pitié, le jeune étant en premier lieu dégoutté par l’attitude auto-victimisante de l’héroïne.
Sans être meneur né, c’est bel et bien Shuri qui mène en quelque sorte la barque et on remarque souvent que c’est lui qui amène sur les bonnes pistes. J’ai particulièrement apprécié le fait que sa route se différencie vraiment des autres car j’avoue avoir été un peu saoulée de la redondance des mêmes stratagèmes scénaristiques.
Votre pire cauchemar (CV: Midorikawa Hikaru)

De son vrai nom Kurumi Masato. Oui c’est le frère de l’héroïne. Oui son frère par alliance EVIDEMMENT je devrais même plus avoir besoin de le préciser tellement ce stratagème est utilisé à outrance pour introduire une relation plus ou moins faussement incestueuse mais surtout vraiment malsaine. Quand on commence le jeu, Masato a tout du oniichan idéal sauf que oui mais non. Je ne vais pas m’attardez pour ne pas spoil, sa partie se débloquant après en avoir achevée au moins une autre mais sachez quand même qu’il faut être prêt. J’aurais aimé dire que sa route n’est que souffrance inutile et que la skip ne change rien sauf que non. Elle délivre des éléments du plot qui sont très importants.
Scénario
Avec un titre pareil vous vous doutez bien que la présence d’une entité divine est au centre de tout ça. MoshiKami est assez subtile car on part d’un univers presque trop réaliste dans lequel est inséré par petite goutte des éléments du folklore japonais.
Je vais pas vous mentir et je pense que ceux qui me connaissent ce doutent déjà: j’ai un intérêt particulier pour toute œuvre se servant d’un cadre semi-réaliste pour exprimer et mettre en scène des problèmes à la gravité bien réelle. Harcèlement scolaire, sexuel, viol, abus et maltraitance sont des thématiques très dures qu’on a définitivement pas l’habitude de croiser dans les Otome (du moins, pas avec le sérieux qu’elles impliquent). MoshiKami propose plusieurs niveaux de lecture et je vais pas vous cacher que certains passages ne sont pas à jouer en pleine nuit, le jeu n’étant lui-même pas à jouer tout court si vous êtes de nature trop sensible.
Les événements surnaturels qui apparaissent aux yeux des différents personnages servent la plupart du temps de tremplins à des problématiques beaucoup plus réalistes, on sent une volonté presque philosophique de la part du jeu.
Le folklore japonais prend une place très importante dans l’intrigue de MoshiKami , le divin dans le sens où on l’entends est principalement représenté par la déesse Izanami, qui se trouve être étroitement mêlée à notre héroïne. Les dieux paraissent facilement antagonistes mais se montrent cruellement humains, neutres, défendant leurs intérêts personnels. N’oublions pas que nous sommes dans une conception du divin très loin de notre culture occidentale monothéiste. Malgré la toute puissance de ces entités, MoshiKami questionne: d’où vient le Mal ? Ne sommes-nous pas mettre de notre destin ? Le jeu place côte à côte sur une même échelle l’horreur fantastique et réel, nous présentant les monstres de vraie vie, qui eux, sont bel et bien humain. Ce qui fait le plus peur dans MoshiKami, ce n’est pas voir des innocents dévorés par des Oni, non. Ce qui fait le plus peur, c’est de se rendre compte que toutes les problématiques liées à la pédophilie, le viol, la maltraitance et j’en passe, existent réellement. Pourtant le jeu n’appuie pas réellement dessus et laisse surtout entrevoir un scénario de film de J-horror pas toujours très fin. Les problématiques sociales au début deviennent ensuite fantastique et pour peu qu’on s’attendait à des messages forts remplis de réalisme, on risque d’avoir la moitié de ce qu’on a commandé.
Graphismes
Je dis « quasi » car je suis pas spécialement fan du style de l’artiste. Mais il faut l’avouer qu’on reste sur un jeu rejet extrèmement bien travaillé aussi bien au niveau du son et des images. Et parlons de cette bande son ! Très clairement une des meilleures que j’ai jamais entendu. Que ce soit l’opening, les endings, ou les osts; absolument tout est mémorable




CGs présentées par le site officiel et non-spoilante.
J’avoue trouver certains sprites pas très beaux. Mais j’ai déjà joué à franchement plus moche.
Conclusion
J’ai du mal à m’exprimer sur ce jeu. Je sais pas si la personne à l’origine de cette chose est un grand génie ou quelqu’un de plutôt dérangé. Il y a plusieurs cathégorie de joueuses: celles qui sont complètement offusquée de voir un Otome Game aussi horrible et celles qui voit là un scénario parfaitement élaboré sur des thématique audacieuse pour un Otome. Parfaitement élaboré…Mouais… Il est vrai que l’écriture globale est bien supérieure par rapport à ce qu’on a l’habitude de voir, mais je vous mentirai si je vous disais que je me suis pas ennuyée à certains moments, surtout à certaines fins qui, soyons honnêtes: se ressemblent toutes.
Scénario
Système
Graphismes
Sons
Note personnelle
Contenu
Balance intrigue/romance:
plutôt romance
Violence:
très violent
Contenu sexuel:
Modéré